Les incendies de forêt représentent un danger croissant, notamment dans les zones densément boisées comme les Pyrénées-Orientales. Face à ce constat, Daniel Baux maire de La Bastide et président des collectivités forestières du département, propose une solution innovante: la création d’une taxe collective pour financer le débroussaillage.
Actuellement, les propriétaires situés en lisière de forêt sont tenus par la loi de débroussailler un périmètre de 50 mètres autour de leur habitation. Cependant, cette obligation pèse lourdement sur les épaules des riverains, qui estiment souvent payer pour la sécurité de tous. Pourquoi ne pas mutualiser ces coûts ? C’est la question que se pose Daniel Baux, qui s’inspire du modèle de la Gemapi (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations) pour proposer une solution similaire.
Une taxe inspirée du modèle Gemapi
Le système de la Gemapi a permis de mutualiser les coûts liés à la prévention des inondations. Daniel Baux envisage une approche similaire pour le débroussaillage afin de créer une solidarité financière entre tous les habitants, qu’ils soient directement concernés ou non par le risque d’incendie.
Cette taxe permettrait de financer non seulement le débroussaillage obligatoire autour des habitations, mais aussi la création de ceintures de protection autour des communes. Ces zones tampons, composées de prairies et de bosquets, pourraient ralentir la progression des incendies. Un exemple concret le col de Ternère, près de Rodès, où plusieurs incendies ont récemment traversé la RD66.
Les défis de la mise en œuvre
Si l’idée est séduisante, sa mise en œuvre ne sera pas sans obstacles. Pierre Antoine Pineiro maire de Vira reconnaît l’intérêt de la proposition, mais souligne les difficultés à faire accepter une nouvelle taxe. La solidarité a ses limites notamment lorsque les habitants des centres-villes ne perçoivent pas directement les bénéfices de cette mesure.
Par ailleurs, la déprise agricole a favorisé la prolifération des arbres en lisière des villages, augmentant À Vira, par exemple, 6 hectares ont déjà été ouverts autour du village, mais il faudrait traiter 200 hectares pour une protection optimale. Un coût estimé à 1 million d’euros une somme difficile à rassembler pour les petites communes.
L’appel à projets de la préfecture
Consciente de l’urgence, la préfecture des Pyrénées-Orientales a lancé début juillet un appel à manifestation d’intérêt pour accompagner les communes souhaitant expérimenter les ceintures de protection. Les communes pilotes bénéficieront d’un accompagnement technique et d’un soutien pour identifier les secteurs à faible combustibilité, mobiliser les outils fonciers et agricoles, et rechercher des financements.
Les communes intéressées ont jusqu’au 10 août 2026 pour se manifester. Cette initiative pourrait marquer le début d’une nouvelle ère dans la prévention des incendies, en combinant efforts locaux et soutien de l’État.
Les réticences et les espoirs
Malgré les réticences, Daniel Baux reste convaincu que cette taxe est une nécessité. Après un incendie, il faut tout reconstruire rappelle-t-il. La prévention, même coûteuse, permet d’économiser sur les dégâts futurs. Patrick Francès maire du Boulou partage cette vision, mais craint une déresponsabilisation des propriétaires si les collectivités prennent en charge l’ensemble du débroussaillage.
Entre solidarité collective et responsabilité individuelle, le chemin à parcourir est encore long, mais les premières initiatives montrent que des solutions existent.



