Les stations-service françaises affichent des prix records: le diesel a franchi les 2,39 € le litre, tandis que l’essence sans plomb dépasse les 2,17 €. Cette flambée, alimentée par les tensions au Moyen-Orient et par la hausse des marges des raffineries, entraîne des protestations dans les rues et relance le débat sur le rôle de l’État dans la maîtrise du carburant.
Proposition du Rassemblement national et riposte de Maud Bregeon
Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, a présenté un plan visant à ramener la TVA sur le carburant de 20 % à 5,5 %. Selon les calculs fournis, cette mesure reviendrait à une charge de 12 à 15 milliards d’euros chaque année, soit davantage que le budget du ministère de la Justice (10,2 milliards d’euros en 2026). Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre de l’Énergie, a rétorqué sur France Inter que « avec quel argent Marine Le Pen finance les aides qu’elle propose ? Elle n’en a aucune idée ». Elle a ajouté que ce dispositif serait incompatible avec la politique de sortie des énergies fossiles et favoriserait indirectement le gaz algérien, le gaz de schiste américain et le pétrole du Moyen-Orient.
Comment le RN envisage de financer sa mesure ?
Le parti estime le coût de la baisse de TVA à environ 12 milliards d’euros par an. Dans le cadre de son contre-budget, il propose de compenser cette dépense en réduisant les prestations sociales versées aux personnes étrangères, en diminuant la contribution de la France à l’UE, en supprimant des dépenses des agences étatiques et en radouçant le Fonds vert. D’autres figures du RN, comme Bruno Retailleau, ont même suggéré la suppression des certificats d’économies d’énergie (CEE), un dispositif destiné à financer la transition vers l’électricité. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a rappelé que de telles suppressions avaient déjà coûté 7 à 8 milliards d’euros lors de précédentes expérimentations.
La stratégie du gouvernement: aides ciblées et assistance ponctuelle
Face à la pression sociale, le gouvernement a préféré mettre en place des aides ciblées plutôt que de toucher à la fiscalité de façon globale. Une aide de 100 € est aujourd’hui versée aux salariés dont le revenu se situe sous un certain plafond et qui parcourent plus de 15 km chaque jour (ou 8 000 km annuels) entre domicile et travail. Cette mesure, qui sera prolongée après le 30 septembre, concerne 1,5 million de bénéficiaires, mais près de la moitié n’a pas encore déposé de demande. Maud Bregeon a souligné que ce dispositif, limité dans le temps et finançable, répondait aux besoins des « Français qui travaillent et les plus précaires », contrairement à une baisse généralisée de la taxation qui, selon le gouvernement, bénéficierait à des usagers peu dépendants du véhicule.
En outre, le Premier ministre a présenté le budget 2027 avec un effort de 54 milliards d’euros, laissant peu de marge de manœuvre pour absorber une dépense supplémentaire de l’ordre de 15 milliards. L’État se trouve donc contraint de concilier deux impératifs: soutenir le pouvoir d’achat des ménages tout en poursuivant les objectifs de transition énergétique et de maîtrise de la dette publique.



