À Genève, lors du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA Antonio Guterres a appelé à une gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Il a mis en avant des mesures immédiates pour encadrer des systèmes capables d’écrire du code, d’agir en ligne et de prendre des décisions avec de moins en moins de supervision humaine. Dernière mise à jour: 10 juillet 2026.
Le secrétaire général de l’ONU a expliqué que les institutions actuelles ne sont pas calibrées pour cette rupture technologique. « Nos institutions ont été conçues pour encadrer des machines qui exécutent des ordres. Elles ne sont pas prêtes à gouverner des machines qui prennent des décisions », a-t-il déclaré, en posant une question centrale: « La question est de savoir si nous allons façonner ensemble cette transformation, ou la laisser nous façonner ».
Trois risques majeurs identifiés par l’ONU
Antonio Guterres a identifié trois risques majeurs liés au développement de l’IA: la rapidité de son évolution, la concentration des capacités entre un petit nombre d’entreprises et de pays, et la menace que représentent les contenus générés par l’IA pour l’intégrité de l’information. Il a insisté sur le fait que ces dynamiques peuvent fragiliser la confiance publique et accentuer des asymétries de pouvoir. Ces risques, combinés, requièrent une coordination internationale pour définir des standards, des tests et des garde-fous à la hauteur de systèmes autonomes.
Il a aussi rappelé que le monde abrite probablement « la dernière génération capable de définir les conditions de la coexistence entre l’humanité et les machines ». L’objectif, selon lui, est de rendre l’IA « plus sûre, plus équitable, plus accessible et plus éthique », en impliquant gouvernements, entreprises et communauté scientifique dans une architecture de gouvernance commune.
Sécurité des enfants: un engagement en préparation
La sécurité des enfants face à l’IA a été placée au premier plan. Antonio Guterres a annoncé qu’un Engagement pour la sécurité des enfants face à l’intelligence artificielle sera prochainement soumis aux États. Cet engagement prévoit des tests de sécurité avant tout déploiement d’une IA accessible aux mineurs, l’interdiction de la génération d’images sexuelles d’enfants par ces systèmes et la garantie qu’un enfant en détresse soit orienté vers une aide humaine.
Ce cadre vise à protéger les plus vulnérables des effets inattendus de systèmes automatisés, en imposant des exigences de conception responsables et des protocoles de réponse. Il s’inscrit dans une logique de prévention et de responsabilité pour éviter que des fonctionnalités génératives, des algorithmes de recommandation ou des agents autonomes n’exposent des enfants à des risques psychologiques, sociaux ou criminels.
Un Fonds mondial pour renforcer les pays en développement
Antonio Guterres a annoncé qu’il soumettra à l’Assemblée générale des recommandations en faveur d’un Fonds mondial pour l’IA destiné à renforcer les capacités des pays en développement. « Nous ne pouvons pas laisser la fracture numérique se transformer en fracture de l’intelligence artificielle », a-t-il insisté, en appelant à des financements dédiés, au partage de connaissances et à la formation.
Ce dispositif viserait à soutenir l’accès aux données aux infrastructures et aux compétences, afin que les pays à revenu faible et intermédiaire puissent participer à l’écosystème de l’IA. Le fonds serait conçu pour catalyser des partenariats public-privé, réduire les écarts d’adoption et favoriser des utilisations inclusives de l’IA dans la santé, l’éducation, l’agriculture et la résilience climatique.
Impact économique: investissements incorporels au plus haut
Un rapport de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle indique que les investissements dans les actifs incorporels — logiciels, données, recherche, marques, design et savoir-faire organisationnel — ont atteint un niveau record en 2026. Dans 29 économies représentant 57% du PIB mondial, ces investissements ont dépassé 10 000 milliards de dollars en 2026, avec les États-Unis en tête à près de 5 000 milliards, devant le Japon et l’Allemagne.
L’IA a été identifiée comme moteur de cette transformation. Elle stimule d’abord les investissements physiques dans les centres de données les composants électroniques et les infrastructures énergétiques, mais son impact durable provient des logiciels des bases de données de la R&D et de la réorganisation des entreprises. Ces postes sont devenus centraux dans la création de valeur, avec des stratégies qui combinent capital technologique et capital organisationnel pour intégrer l’IA aux opérations.
Le Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA à Genève doit être suivi d’un sommet AI for Good consacré aux applications de l’IA au service du développement. L’enjeu est de transformer les orientations de gouvernance en feuilles de route sectorielles, en alignant normes techniques, évaluation des risques et incitations économiques.
L’appel de Guterres met à l’agenda une coordination entre acteurs publics et privés pour faire converger sûretééquité et accessibilité. Les travaux attendus portent sur des cadres d’audit, des obligations de transparence pour les systèmes génératifs et des mécanismes de participation afin que l’IA contribue à la croissance sans éroder l’intégrité de l’information.

