Dans un contexte où l’intelligence artificielle devient un pilier de l’innovation industrielle, Airbus et Mistral AI ont scellé un partenariat stratégique qui promet de redéfinir les standards de l’industrie aérospatiale. Cette collaboration, annoncée lors du AI Now Summit à Paris, marque une étape cruciale dans la quête de souveraineté numérique en Europe.
Fabrice Valentin, vice-président de la stratégie en intelligence artificielle chez Airbus, souligne l’importance de cette alliance pour le groupe. « Nous évoluons dans un environnement où la certitude absolue est une exigence, et Mistral AI nous permet de concilier cette rigueur avec les avancées de l’IA », explique-t-il. Cette collaboration ouvre la voie à des innovations majeures, notamment dans le domaine de l’atterrissage assisté par IA et de la conception industrielle.
DragonFly: une avancée majeure vers l’autonomie des avions
Le projet DragonFly, initié par Airbus, vise à doter les avions de capacités autonomes. Fabrice Valentin revient sur les progrès réalisés: « Une première phase de ce projet s’est achevée il y a quelques années sous l’égide d’UpNext, notre filiale d’innovation. Mais DragonFly a fait des petits. Une grande partie des démonstrations tourne autour du visual landing. »
Ce projet expérimental illustre les défis techniques et culturels auxquels Airbus est confronté. « Nous fonctionnons traditionnellement avec une exigence de 10-9 c’est-à-dire la recherche d’une certitude absolue. Les autorités de certification exigent une transparence totale sur les algorithmes et une visibilité complète sur l’ensemble de la chaîne technologique », précise Fabrice Valentin. Cette transition vers des modèles probabilistes représente un changement de paradigme pour le groupe.
Mistral AI: un partenaire clé pour la souveraineté numérique
Le choix de Mistral AI par Airbus s’explique par trois raisons fondamentales. Tout d’abord, Mistral AI est l’une des meilleures options pour déployer une IA souveraine en Europe. « Cela ne signifie pas que nous abandonnons les technologies américaines, que nous continuons d’utiliser là où c’est pertinent. Mistral nous ouvre les portes du traitement de nos données hautement sensibles et de notre propriété intellectuelle critique », explique Fabrice Valentin.
Ensuite, la taille de Mistral AI est idéale pour adresser les besoins très spécifiques d’Airbus. « Entraîner des modèles d’IA dits frontier n’est pas notre cœur de métier: nous En revanche, aller au-delà du simple fine-tuning pour customiser ces modèles avec les données ultra-précises d’Airbus constitue un véritable avantage compétitif », ajoute-t-il.
Enfin, ce partenariat offre à Mistral AI l’opportunité d’accéder à des données industrielles inédites, bien loin des standards du web qui ont nourri les LLM jusqu’à présent. « À terme, notre ambition est même de dépasser le cadre strict des LLM pour explorer avec eux le champ très prometteur de l’IA physique », conclut Fabrice Valentin.
L’impact sur l’industrie aérospatiale toulousaine
Ce partenariat stratégique entre Airbus et Mistral AI va transformer en profondeur les méthodes de travail du groupe toulousain, de la conception des avions jusqu’aux systèmes de défense les plus sensibles. Catherine Jestin, vice-présidente exécutive du numérique chez Airbus, résume l’ambition: « Placer une IA de pointe, éthique et fiable au cœur des opérations du groupe, de la phase de conception initiale jusqu’aux fonctionnalités embarquées dans les avions. »
Parmi les applications déjà en cours ou identifiées: la conception assistée par IA, l’accélération des simulations numériques d’ingénierie, l’automatisation de la documentation technique, et des systèmes d’IA embarquée capables de tourner directement sur du matériel à bord des appareils pour améliorer la sécurité des vols. Ces innovations pourraient accélérer significativement des tâches qui, aujourd’hui, mobilisent des centaines d’ingénieurs pendant des semaines.
Au-delà d’Airbus, c’est tout l’écosystème aérospatial toulousain qui va ressentir les effets de ce virage. La filière représente plus de 86 000 emplois en Occitanie, avec plus de 800 sous-traitants et fournisseurs implantés dans la région. Quand le donneur d’ordre principal amorce une transformation technologique d’une telle ampleur, les PME de la supply chain suivent, souvent à marche forcée.

