La Tunisie se trouve à un carrefour crucial dans son parcours vers une finance verte. Face aux projections climatiques alarmantes pour 2050, le pays doit repenser son système financier pour soutenir la transition écologique. Un récent rapport de l’IACE met en lumière les défis persistants et les opportunités à saisir.
Alors que les ambitions climatiques de l’État sont claires, les moyens financiers mobilisés restent insuffisants. La finance verte en Tunisie repose encore largement sur le soutien de partenaires internationaux comme la Banque Mondiale la BERD l’AFD et la BAD. Ces institutions fournissent des lignes de crédit pour des projets dans les secteurs de l’eau et de l’énergie, mais cette dépendance pose question quant à la durabilité du modèle.
Un cadre institutionnel en retard
Le rapport de l’IACE souligne un cadre institutionnel peu opérationnel. Bien que la Banque Centrale de Tunisie (BCT) ait intégré la question climatique dans son plan stratégique 2026-2026, la mise en œuvre reste timide. Aucun dispositif prudentiel contraignant ou stress test climatique n’a encore été imposé aux banques.
Un autre obstacle majeur est l’absence d’un marché des obligations vertes. Malgré la publication d’un guide par le Conseil du Marché Financier (CMF) en 2026, aucune émission d’obligation verte n’a été réalisée à ce jour. Les investisseurs sont freinés par l’absence de projets bancables, l’illiquidité du marché secondaire et le manque d’outils de tarification des risques.
Une gouvernance fragmentée et un retard régional
La gouvernance fragmentée est également pointée du doigt. Les politiques budgétaires intègrent progressivement des mesures environnementales, mais l’approche reste sectorielle et manque de coordination globale. Par ailleurs, la Tunisie accuse un retard régional par rapport à des pays comme l’Égypte qui a émis des obligations vertes souveraines, ou le Maroc où le risque climatique est régulé comme un risque financier à part entière.
Les pistes pour accélérer la transition
Pour transformer le système financier en levier de la transition écologique, plusieurs axes de réforme sont proposés. Tout d’abord, renforcer la coordination institutionnelle en mettant en place une stratégie nationale de finance verte. Cela permettrait de limiter la fragmentation des initiatives entre les ministères et de créer un dispositif de suivi annuel.
Le rapport recommande également de dynamiser le marché financier en émettant des obligations vertes souveraines pour créer un effet d’entraînement sur le secteur privé et attirer les investisseurs internationaux. Impliquer le secteur privé en développant des partenariats public-privé (PPP) et des mécanismes de partage des risques est également essentiel pour pallier l’insuffisance des ressources publiques.
Verdir la supervision bancaire en intégrant systématiquement les risques climatiques dans la gestion des risques des banques, en généralisant le reporting ESG et en conditionnant certains financements à des critères environnementaux, figure aussi parmi les recommandations de l’IACE.
Enfin, réformer la politique budgétaire en instaurant un mécanisme de budgétisation verte (Climate budget Tagging) pour identifier les dépenses publiques réellement favorables au climat, tout en supprimant progressivement les subventions aux hydrocarbures au profit de taxes environnementales.
Le succès de ce verdissement dépendra de la capacité de la Tunisie à passer d’une logique de projets pilotes à un écosystème financier robuste et coordonné, capable de soutenir durablement les engagements climatiques nationaux.


