Alors que les flammes continuent de ravager le sud-ouest de la France, les pilotes de Canadair font entendre leur colère. Dans un contexte de feux exceptionnels, ces professionnels de la lutte anti-incendie estiment que les moyens aériens mis à leur disposition sont largement insuffisants pour faire face à l’ampleur des sinistres.
La situation est particulièrement critique en Gironde et dans les Landes où les incendies ont pris une ampleur inédite. Face à cette situation, les pilotes dénoncent un manque criant de ressources aériennes pour contenir efficacement les feux.
Une flotte aérienne sous tension
Sur les 12 Canadair dont dispose la France, seuls 5 étaient opérationnels vendredi dernier, un chiffre qui est passé à 7 samedi. Cette situation, qualifiée d’« inacceptable » par les pilotes, met en lumière les difficultés rencontrées pour maintenir une flotte aérienne efficace.
« On se retrouve avec des norias insuffisantes, c’est-à-dire deux avions pour un feu, et c’est très insuffisant », déplore Grégory Prats, chef de noria. Cette situation rend « pratiquement totalement inefficace » l’action des Canadair, qui devraient être mobilisés par quatre sur un feu selon lui.
Le vieillissement de la flotte est également pointé du doigt. Dans un rapport déposé début juillet 2026, les députés Damien Maudet et Sophie Pantel soulignaient que l’âge moyen des appareils était de 30 ans, une situation qui compromet leur fiabilité et leur disponibilité.
Des retards de maintenance et des pièces manquantes
Les pilotes pointent du doigt les retards du prestataire de maintenance, qui ne parvient pas à suivre le rythme des interventions. « L’industriel privé qui s’occupe de la maintenance n’arrive pas à suivre le rythme, les pièces détachées n’arrivent pas en temps et en heure », constate Grégory Prats.
Éric Durand, pilote et secrétaire général adjoint du Syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile, estime qu’il sera « très dur » d’améliorer le nombre de Canadair disponibles cet été. « Les Canadair sont très engagés, donc il y a de la casse, des pannes », explique-t-il.
L’A400M, une solution de communication ?
Le déploiement inédit de l’A400M un avion de transport de troupe transformé pour lutter contre les feux, est perçu par les pilotes comme une « opération de communication ». Bien que cet avion soit capable de larguer l’équivalent de trois Canadair en volume d’eau, il doit regagner une base militaire entre chaque largage pour s’approvisionner.
« Ce n’est pas la quantité d’eau ou de retardant qu’on amène d’un coup qui compte, c’est la quantité d’eau qu’on amène pendant plusieurs heures d’affilée », explique Éric Durand. « L’A400M a un délai de rotation très long, c’est un pansement sur une jambe de bois », ajoute Grégory Prats.
Face à ces critiques, le gouvernement assure que les moyens aériens sont suffisants. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a affirmé que la flotte aérienne avait été multipliée par deux ces dernières années et que les budgets avaient parfois été multipliés par deux.
Cependant, les oppositions reprennent les critiques des pilotes. La députée LFI Aurélie Trouvé a dénoncé les coupes budgétaires qui ont, selon elle, détruit la capacité de la France à faire face aux incendies. Le maire UDR de Nice, Éric Ciotti, a également critiqué le manque de priorité accordée aux moyens aériens pour lutter contre les incendies.
La France a signé début juin la commande de deux Canadair supplémentaires qui devraient être livrés en 2032 ou 2033. Ils s’ajoutent aux deux premiers DHC-515 commandés en 2026 et cofinancés par l’Union européenne dans le cadre du programme RescEU. Livrés a priori en 2028, ces derniers devront être mis à disposition de l’UE en cas de besoin.



