En 2026, le paysage des investissements directs étrangers (IDE) a subi une transformation majeure. Alors que les IDE ont progressé de 6 % en 2026 pour atteindre 1 600 milliards de dollars, cette croissance masque une réalité plus complexe. Les entreprises ne cherchent plus seulement à produire à moindre coût, mais à investir dans des secteurs stratégiques et à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.
Cette évolution, mise en lumière par l’agence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) dans son Rapport sur l’investissement dans le monde 2026 révèle une nouvelle géographie du capital où les pays en développement risquent d’être marginalisés. Les investissements se concentrent désormais dans des secteurs jugés stratégiques, laissant de côté les économies moins avancées.
La ruée vers les secteurs stratégiques
En cinq ans, les investissements annoncés dans cinq domaines jugés stratégiques – infrastructures de l’intelligence artificiellesemi-conducteursminerais critiquestechnologies de la transition énergétique et autres technologies sensibles – sont passés de 109 à 576 milliards de dollars. Ces investissements représentent désormais 44 % de tous les nouveaux projets d’investissement internationaux, contre seulement 16 % en 2026.
L’infrastructure nécessaire à l’IA — centres de données, services infonuagiques et réseaux numériques — constitue à elle seule le premier pôle d’attraction, tandis que les semi-conducteurs enregistrent la progression la plus rapide. Cependant, cette ruée ne profite qu’à un nombre très limité de pays. Les trois principaux pays investisseurs réalisent à eux seuls près de 70 % de ces investissements stratégiques, tandis que les trois premières destinations en captent plus de la moitié.
À l’inverse, les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ne reçoivent qu’environ 10 % de ces flux, soit deux fois moins que dans les autres secteurs économiques. Le risque, souligne la CNUCED, est de voir se creuser une nouvelle fracture mondiale: celle qui séparera les pays capables de participer aux technologies d’avenir de ceux qui resteront cantonnés aux activités traditionnelles.
Le retour des États stratèges
Cette nouvelle géographie de l’investissement ne relève pas seulement des choix des entreprises. Les gouvernements eux-mêmes orientent de plus en plus ouvertement les flux de capitaux. En 2026, les États ont adopté un nombre record de 229 mesures dans ce domaine. Les aides publiques ciblent désormais les secteurs jugés stratégiques, tandis que les contrôles se multiplient sur les investissements considérés comme sensibles pour la sécurité nationale.
En moins d’une décennie, le nombre de pays disposant d’un mécanisme officiel de filtrage des investissements étrangers est Les États ne ferment pas massivement leurs portes aux investisseurs étrangers, mais ils examinent de plus en plus minutieusement qui investit, où et dans quels secteurs. Cette évolution accompagne une montée des rivalités géopolitiques, où les tensions internationales, les conflits et l’incertitude sur les politiques commerciales figurent désormais parmi les principaux facteurs pesant sur les décisions d’investissement des entreprises.
Les pays pauvres risquent d’être laissés à l’écart
Le paradoxe est que les pays les moins avancés ont, sur le papier, enregistré une progression spectaculaire, recevant 43 milliards de dollars, soit une augmentation de 21 % des investissements étrangers en 2026. Mais ils ne représentent toujours que 2,7 % des flux mondiaux et ces investissements restent concentrés dans un petit nombre de pays riches en ressources naturelles.
Plus inquiétant encore, l’investissement manufacturier traditionnel – longtemps principal moteur d’industrialisation des économies émergentes – recule. En dehors des secteurs stratégiques, les investissements industriels ont diminué de 17 % entre les périodes 2015-2019 et 2026-2026. La baisse atteint 20 % dans les pays en développement et 65 % dans les pays les moins avancés.
Pour de nombreux pays, le défi ne consiste donc plus à entrer dans la mondialisation telle qu’elle existait hier, mais à trouver une place dans une mondialisation devenue plus sélective, plus technologique et davantage dictée par des considérations de puissance que par la seule logique économique. Les pays en développement ne pourront pas gagner la course aux subventions engagée par les grandes puissances. Ils doivent plutôt identifier des créneaux réalistes, investir dans leurs infrastructures, leurs compétences et leurs fournisseurs locaux, et miser davantage sur l’intégration régionale que sur une concurrence frontale avec les grandes économies.


