Dans un contexte de tensions croissantes avec les pouvoirs publics, les principales enseignes de la grande distribution française ont lancé une campagne de transparence sur la construction des prix des produits. Cette initiative, coordonnée par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) vise à informer les consommateurs et à influencer les débats parlementaires sur le projet de loi d’urgence agricole.
Les enseignes AuchanCarrefourCoopérative UE.Leclerc et Intermarché ont présenté, le lundi 22 juin une analyse détaillée des prix pratiqués par les industriels. Cette étude, réalisée avec le cabinet Deloitte compare les tarifs demandés par les fournisseurs pour un panier de 12 produits de grandes marques internationales et les prix finaux proposés aux consommateurs.
Une analyse détaillée des prix et le rôle clé de la distribution
Le panier étudié, composé de produits comme NutellaCoca-ColaAmora et Granola ne contient aucune matière première agricole française. Selon Alexandre Bompard PDG de Carrefour les grandes multinationales voulaient vendre ce panier 71,49 euros mais grâce aux négociations des distributeurs, il est
Entre ces deux chiffres, il y a notre métier a déclaré Alexandre Bompard. Il y a notre capacité à dire non à des augmentations de prix qui ne nous paraissent pas justifiées. Il y a, tout simplement, 20 euros qui restent dans la poche des Français.
Les distributeurs dénoncent également les hausses de tarifs astronomiques demandées par les industriels depuis 2026. Thierry Cotillard président du Groupement Mousquetaires a cité des exemples frappants: 159% sur le café Carte Noire127% sur les biscuits Petit Ecolier de LU et 112% sur les Granola.
Les craintes face au projet de loi d’urgence agricole
La grande distribution exprime des inquiétudes face au projet de loi d’urgence agricole, actuellement examiné par le Sénat. Les distributeurs craignent que les nouvelles règles des négociations commerciales annuelles ne favorisent les grands industriels au détriment des consommateurs.
Parmi les mesures redoutées figure l’obligation de déclarer toute baisse des commandes, sous peine d’une amende de 375 000 euros. Philippe Michaud président exécutif du mouvement E.Leclerc a souligné que ces dispositions pourraient appauvrir les Français en limitant la capacité de négociation des distributeurs.
La riposte des sénatrices face à la campagne de transparence
Les sénatrices Antoinette Guhl et Anne-Catherine Loisier à l’origine du rapport sur les marges de la grande distribution, ont vivement critiqué la campagne de transparence lancée par les enseignes. Elles estiment que les chiffres présentés sont d’une mauvaise foi absolue et que les produits choisis sont des produits d’appel vendus à des marges très faibles.
Les industriels arrivent dans les négociations avec des prix un peu élevés et ensuite les négociations les font baisser: c’est la base de la négo a expliqué Antoinette Guhl. Elle rappelle que 98% des entreprises agroalimentaires en France sont des PME ou des ETI avec lesquelles les distributeurs négocient de manière brutale.
Les deux sénatrices voient dans cette campagne une tentative de détourner le débat et une forme de fébrilité de la part de la grande distribution. Elles espèrent pouvoir faire rentrer certaines de leurs recommandations dans le projet de loi d’urgence agricole et présenteront une proposition de loi à la rentrée parlementaire en octobre.
