Le 9 octobre, le président des États-Unis a annoncé, via son compte Truth Social la conclusion d’un accord commercial avec le président russe Vladimir Poutine. L’objectif affiché est de mettre à disposition plusieurs millions de tonnes de diesel russe sur les marchés mondiaux, y compris américain, dans l’espoir de faire baisser les prix du carburant à l’approche des élections de mi-mandat.
Déroulement de l’accord Trump-Poutine sur le diesel russe
Selon les chiffres communiqués, la Russie livrera immédiatement 300 000 tonnes de diesel, ajoutera 500 000 tonnes en novembre, puis 1 000 000 de tonnes dès que les raffineries le permettront. Un éventuel lot supplémentaire de 3 millions de tonnes pourrait être expédié rapidement, sous réserve de la capacité des usines russes. Pour rendre possible ce commerce, le département du Trésor américain a délivré une licence temporaire qui suspend les sanctions américaines sur le diesel russe jusqu’au 7 avril 2027.
Volumes annoncés et cadre légal
La licence s’intitule « Autorisation des transactions liées à la vente, au déchargement et à l’importation de carburant diesel originaire de la Fédération de Russie ». Elle constitue une dérogation exceptionnelle aux restrictions mises en place depuis le 24 février 2022, lorsque les États-Unis ont interdit l’exportation de produits pétroliers russes afin de limiter les ressources financières du Kremlin. Cette suspension ciblée vise uniquement le diesel, excluant les autres dérivés pétroliers.
Conséquences attendues sur les prix du carburant en Europe
Aux États-Unis, le prix du diesel avait atteint 6,28 $ le gallon soit près de 1,4 € le litre, un niveau inédit. Le président Trump a immédiatement déclaré que les prix du diesel pourraient chuter « en proportions record ». En Europe, et plus précisément en France, les analystes restent prudents. Le professeur émérite Philippe Chalmin, spécialisé dans les matières premières, souligne que la simple présence d’une offre supplémentaire ne garantit pas une baisse immédiate du prix à la pompe. D’autres facteurs – niveaux de stock, demande intérieure, taxes nationales – continuent de jouer un rôle majeur.
Le point de vue de la France et les limites du transfert
En France, le marché du diesel est fortement dépendant du cours du brut international, mais aussi de la fiscalité locale et des marges distribuées. Même si des millions de tonnes de diesel russe atteignent le marché mondial, les importations françaises restent soumises aux mêmes droits de douane et aux taxes environnementales. De plus, les raffineries européennes ne disposent pas toujours d’une capacité d’ajustement rapide pour absorber un afflux soudain de produit à prix réduit.
Réactions politiques et géopolitiques
L’accord a immédiatement suscité la colère de Kiev. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié la décision de « cadeau d’anniversaire pour Poutine », estimant qu’elle renforce les moyens financiers de la Russie pour poursuivre la guerre. Au sein de l’Union européenne, la commissaire aux affaires étrangères Kaja Kallas a rappelé que la levée des sanctions sur le diesel « offre à Moscou davantage de revenus pour financer la guerre ». Elle a assuré que l’UE ne suivra pas l’exemple américain.
Opposition ukrainienne et position de l’Union européenne
Parallèlement, des pourparlers ont eu lieu à Miami entre la délégation ukrainienne, l’émissaire spécial de Trump, Steve Witkoff, et le conseiller Jared Kushner, pour discuter de mesures d’urgence liées à l’hiver et à la sécurité énergétique. Malgré ces discussions, l’Ukraine a dénoncé le manque de transparence du processus et a appelé à un maintien strict des sanctions. L’Europe, quant à elle, prépare des stratégies de résilience énergétique afin d’atténuer les impacts d’éventuelles nouvelles offensives russes sur le réseau électrique ukrainien.
Son incidence réelle sur les prix du carburant en France dépendra de la capacité des marchés à absorber l’offre supplémentaire, de la persistance des taxes locales et de la dynamique géopolitique qui suivra.



