Au cours des dernières décennies, la relation entre les bénéfices des entreprises et les prix des actions a suscité un intérêt croissant parmi les investisseurs et les économistes. Robert Shiller, économiste réputé, a étudié cette dynamique sur plus d’un siècle pour comprendre comment ces deux éléments interagissent. Cet article explore non seulement la force de ce lien à long terme, mais aussi la capacité des fluctuations de cette corrélation à fournir des indices sur les rendements futurs du marché boursier.
En examinant les données de Shiller, nous pouvons voir que les bénéfices jouent un rôle crucial dans le comportement des marchés boursiers. Cependant, il est essentiel de déterminer si les variations de la corrélation entre les bénéfices et les prix peuvent être utilisées pour prédire les performances futures du marché. Cet article vise à clarifier cette question en analysant les tendances historiques et leurs implications.
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Analyse de la corrélation bénéfices-prix
Pour réaliser cette analyse, nous avons utilisé les moyennes mensuelles des bénéfices par action et des prix du S&P Composite. Les données de Shiller, s’étendant de 1871 à décembre, fournissent une base solide pour évaluer cette relation. Au fil des ans, la corrélation entre les bénéfices et les prix a montré une constance remarquable, mais cette relation varie selon les périodes. Par exemple, la Loi des investisseurs de 1940 a introduit des protections pour les investisseurs, mais les résultats de l’analyse montrent que cette loi n’a pas eu un impact significatif sur la corrélation observée.
Variabilité sur différentes périodes
En analysant différentes fenêtres temporelles, on constate que la corrélation entre les bénéfices et les prix fluctue. Les périodes de cinq, dix et vingt ans présentent une variabilité plus élevée comparée aux périodes plus longues comme les cinquante ans. Par exemple, la corrélation a chuté en dessous de 0,50 entre 1918 et 1928, une période marquée par des bouleversements économiques, ce qui souligne l’impact des événements historiques sur la relation entre les bénéfices et les prix.
Les périodes de dix ans ont également montré des corrélations négatives à plusieurs reprises, notamment à la fin des deux guerres mondiales et pendant les crises économiques des années 1970. En revanche, la période de cinquante ans a montré une corrélation plus stable, bien que le plus bas ait été de 0,6 pendant la première moitié du XXe siècle, malgré les turbulences majeures de l’époque.
Prédire les rendements futurs
Une question clé est de savoir si les fluctuations dans la corrélation bénéfices-prix peuvent servir d’indicateurs pour les rendements futurs. Pour examiner cette hypothèse, des régressions ont été effectuées pour évaluer le lien entre les niveaux de corrélation et les rendements annualisés subséquents. Les résultats montrent que la force de la corrélation à long terme est très élevée, avec un R² de 0,95 entre les bénéfices et les prix du S&P Composite.
Efficacité des signaux de corrélation
Malgré cette forte relation à long terme, les résultats des courtes périodes, comme les fenêtres de cinq et dix ans, ont révélé un R² proche de zéro, indiquant une capacité prédictive très limitée. Même dans les fenêtres de vingt ans, le R² de 0,24 montre une variabilité considérable, tandis que les cinq ans affichent une absence de modèle prévisible. En somme, ces résultats suggèrent que les variations dans la corrélation n’ont pas le pouvoir prédictif souhaité sur les rendements futurs, soulignant l’importance d’autres facteurs dans l’évolution des marchés.
En conclusion, bien que les bénéfices et les prix des actions soient étroitement liés sur de longues périodes, utiliser les fluctuations dans cette corrélation comme outil de prévision des rendements semble être peu fiable. Cela renforce l’idée que, même si les bénéfices fournissent une explication essentielle du comportement du marché à long terme, ils ne peuvent pas à eux seuls servir à temporiser le marché efficacement.
