En Suisse, billets et pièces vivent aujourd’hui une relation ambiguë avec la révolution des paiements numériques. D’un côté, une part non négligeable de la population tient au maintien du cash; de l’autre, cartes, applications et paiements sans contact s’imposent de plus en plus dans les caisses et sur les téléphones. Cette cohabitation alimente un débat public animé, alimenté par une initiative populaire, les pratiques commerciales et les arbitrages des banques.
Un contraste frappant Les statistiques de la Banque nationale révèlent un paradoxe: beaucoup de Suisses disent vouloir conserver un accès garanti au numéraire, mais leurs comportements trahissent une réalité différente. Les paiements en espèces régressent au profit des cartes de débit et des solutions mobiles, une évolution particulièrement nette chez les jeunes et dans les foyers aisés. Selon les projections, l’espèce pourrait représenter moins de 20 % des paiements de détail d’ici.
Qui continue d’utiliser du liquide? Le cash n’est pas pour autant disparu. Les retraités, les commerçants de quartier, les vendeurs sur les marchés et certaines petites entreprises locales conservent une forte appétence pour les billets et pièces. Les personnes en situation de précarité ou sans accès bancaire pratique y recourent souvent par nécessité — et pour certains, manipuler du liquide reste le moyen le plus simple et le plus concret de gérer un budget serré.
Des pratiques mixtes au quotidien Dans la vie de tous les jours, les ménages combinent plusieurs moyens de paiement. Cartes et applications règnent pour les achats en magasin et en ligne; le liquide sert aux petits échanges informels, aux pourboires ou aux situations où la rapidité prime. Les commerçants l’ont bien compris: on voit se multiplier les terminaux, la préférence pour le sans-contact pour fluidifier les files d’attente et l’offre d’options mobiles à la caisse.
Avantages et inconvénients des deux mondes Le liquide conserve des atouts concrets: anonymat, simplicité d’usage, résilience en cas de panne des systèmes électroniques et accessibilité sans conditions bancaires. Son revers est coûteux: logistique, sécurité, gestion et difficulté de traçabilité fiscale. Les paiements électroniques, quant à eux, apportent vitesse, traçabilité et gains d’efficacité, mais soulèvent des interrogations sur la vie privée, la dépendance à des prestataires privés et les risques informatiques. Pour les petits commerçants, les commissions sur transactions restent une source de mécontentement.
Des scènes de la vie courante On trouve encore des cafés où l’on glisse quelques pièces dans le bocal à pourboires; dans les grands magasins, on privilégie le sans-contact pour accélérer le passage en caisse; entre amis, partager l’addition via une app est devenu banal. La géographie joue aussi: en zone rurale, le numéraire garde souvent l’avantage; en centre-ville, la carte et le téléphone dominent.
Impacts économiques et sociaux La baisse du cash redessine les modèles des banques et des commerçants: fermeture ou réaménagement d’agences, arbitrages sur le maintien des distributeurs automatiques, révision des coûts liés à la gestion du numéraire. Socialement, la disparition des guichets physiques pousse certains usagers vers des solutions numériques qu’ils maîtrisent mal, creusant un risque d’exclusion pour les personnes âgées ou les ménages modestes. Par ailleurs, la collecte et le transport du liquide représentent des coûts importants pour la collectivité.
Pourquoi le liquide résiste-t-il? Trois facteurs expliquent la persistance de l’espèce: sa praticité pour les petites transactions, l’indépendance vis‑à‑vis des infrastructures numériques et une composante culturelle — le geste de toucher son argent rassure. Ces raisons se renforcent mutuellement: la méfiance face aux fraudes en ligne et l’habitude maintiennent une demande locale pour le numéraire.
Quelle voie adopter? La recherche d’un équilibre pragmatique semble inévitable: garantir un accès minimal au liquide pour préserver l’inclusion et la résilience, tout en encourageant l’innovation numérique. Des solutions hybrides pourraient répondre au défi: normes d’interopérabilité, services alternatifs pour les non-bancarisés et renforcement de la sécurité des systèmes numériques. La votation prochaine et les choix réglementaires définiront le cadre dans lequel cette transition se poursuivra.
