Lors d’une interview télévisée le 15 octobre, l’économiste Thomas Piketty a rappelé que le niveau d’endettement public français rappelle celui de l’après-Seconde-guerre, alors que le patrimoine privé représente aujourd’hui 600 % du PIB, contre 300 % à l’époque. Cette évolution, selon lui, signale une concentration exceptionnelle de la richesse qui nécessite une réforme fiscale majeure.
Sa proposition, baptisée impôt de solidarité nationale s’inspire d’un prélèvement mis en place à la Libération. Elle comporte deux volets: une contribution exceptionnelle de 50 % sur les gains d’enrichissement réalisés entre 2017 et 2026 pour les fortunes dépassant 100 millions d’euros, et une taxe permanente de 10 % par an au-delà de ce seuil. Piketty suggère que les milliardaires dont la richesse est majoritairement virtuelle – liée à la valorisation de leurs entreprises – paient en transférant des actions à un fonds souverain, qui servirait à financer la transition économique et à préparer l’avenir.
Les détails de la proposition de Piketty
Le contribution exceptionnelle viserait les 1 800 foyers fiscaux les plus fortunés, couvrant la hausse de leur patrimoine sur une période de dix ans. En pratique, chaque euro gagné au-delà du seuil déclencherait un prélèvement de 0,5 €, créant ). La taxe annuelle de 10 % s’ajouterait à ce montant, assurant une contribution continue et proportionnelle à la capacité contributive réelle des ultra-riches.
Parallèlement, Piketty plaide pour une réforme de la taxe foncière qu’il juge « extrêmement injuste ». Il propose de la transformer en un impôt progressif sur le patrimoine net d’emprunt, ce qui, selon lui, entraînerait une baisse de la taxe foncière pour 90 % des contribuables. Cette mesure viserait à alléger la charge pesant sur les ménages modestes tout en conservant une pression fiscale sur les patrimoines les plus élevés.
L’Assemblée nationale refuse les taxes inspirées de Zucman et le rétablissement de l’ISF
Le 16 octobre 2026, l’Assemblée nationale a voté contre plusieurs projets de la gauche visant à instaurer un impôt minimum sur la fortune, calqué sur les travaux du professeur Gabriel Zucman. Cette taxe Zucman qui devait garantir que les 1 800 foyers fiscaux les plus riches contribuent proportionnellement à leur patrimoine, a été rejetée, tout comme la tentative de rétablir l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Les parlementaires ont invoqué des craintes d’évasion fiscale et d’impact négatif sur l’attractivité économique du pays.
Le rejet de ces mesures laisse le débat fiscal ouvert. D’un côté, les partisans de la proposition de Piketty soulignent l’urgence de financer la dette publique et de réduire les inégalités. De l’autre, les opposants dénoncent le risque de fuite de capitaux et l’injustice de taxer davantage les créateurs d’emplois et les investisseurs nationaux. La discussion se poursuit donc entre ceux qui voient dans le fonds souverain une bouffée d’air frais pour l’économie française et ceux qui craignent un désincitatif majeur pour l’entrepreneuriat.



