À l’approche du premier tour de l’élection présidentielle de 2027, plusieurs tête d’affiche sont confrontées à un problème inédit: l’impossibilité quasi totale d’obtenir des financements bancaires classiques. Bruno Retailleau figure de la droite républicaine, évoque le risque de devoir abandonner la course, tandis que Marine Le Pen se heurte à un refus massif des établissements de crédit, accusés de la juger « insolvable » ou même « infréquentable ». Cette situation, qui n’avait jamais touché un parti en tête des sondages, soulève de sérieuses questions sur le lien entre financement privé et démocratie.
Le passé récent montre que même les présidents futurs ont dû négocier leurs ressources. En 2017, Emmanuel Macron n’a pu disposer des huit millions d’euros nécessaires qu’après avoir accepté une garantie exceptionnelle de plus de deux cent mille euros pour couvrir le risque de ne pas atteindre le seuil de cinq pour cent des voix. De son côté, François Bayrou a imaginé une « Banque de la démocratie », proposition Aujourd’hui, le Premier ministre Sébastien Lecornu tente de relancer l’idée d’un dispositif collectif, le « pool bancaire », qui conditionnerait toute aide à une garantie d’État.
Le refus des banques françaises vis-à-vis du RN
Les établissements de crédit ont multiplié les refus dès que la perspective d’un prêt au Rassemblement national a été évoquée. Des messages du type « si vous prêtez au RN, je ferme mon compte » ont afflué, traduisant une crainte de réputation et un risque de conformité lié au passé judiciaire du parti. Le RN a déjà contracté des emprunts auprès de banques étrangères — russe en 2014, émiratie en 2017 (aujourd’hui interdit hors UE) et hongroise en 2022 — ce qui renforce la méfiance. Le système bancaire français, jusqu’alors neutre, le considère désormais comme un emprunteur à haut risque, créant un véritable gouffre démocratique.
Le projet du pool bancaire et la garantie d’État
En juillet, le gouvernement a présenté un « pool bancaire » destiné à mutualiser les risques liés aux prêts aux candidats. En échange, les banques exigeraient une « filet de sécurité » sous la forme d’une garantie d’État. La logique est simple: si l’État garantit le remboursement, les banques acceptent de financer les campagnes. Cependant, ce dispositif soulève le principe d’égalité: si le RN bénéficie d’une telle garantie, pourquoi les autres aspirants ne pourraient-pas la réclamer ? Le texte de loi de finances ne prévoit aucune disposition à ce sujet, et le gouvernement hésite à introduire un amendement qui pourrait être perçu comme un favoritisme politique.
Le virage du RN sur l’aide à l’Ukraine
Le 24 septembre, Marine Le Pen a déclaré à Paris que la France ne pouvait plus soutenir financièrement l’Ukraine, en raison de la « dégradation économique » accumulée sous les dix années de présidence d’Emmanuel Macron. Elle propose de conserver l’assistance militaire et diplomatique, tout en renonçant aux versements budgétaires directs. Cette position, partagée par Jordan Bardella et Louis Aliot, s’inscrit dans une logique de priorité aux dépenses nationales: « nous n’avons plus les moyens », a-t-elle affirmé, tout en regrettant cette contrainte.
La proposition du RN a immédiatement été critiquée par la majorité présidentielle. Le député Gabriel Attal a accusé le parti de « sacrifier notre sécurité » en laissant « l’Ukraine et l’Europe à Poutine sur un plateau d’argent ». Selon lui, le soutien à l’Ukraine constitue un « investissement » crucial pour la stabilité du continent. Le débat met donc en lumière le lien: l’incapacité à financer la campagne de Le Pen pourrait pousser le parti à reconfigurer ses priorités budgétaires, rapprochant leurs positions internes de leurs discours extérieurs.
Financement illégal et prêts de particuliers
Face au rejet bancaire, le RN s’appuie de plus en plus sur des prêts de particuliers, une pratique parfaitement légale mais très encadrée. Les militants ou sympathisants offrent des crédits au parti, qui les revendique ensuite comme prêts au nom de la candidate, sous peine de les requalifier en dons illicites. Cette méthode est aujourd’hui sous le feu des juges, qui enquêtent sur une série de prêts importants (plus de deux millions d’euros) reçus lors de la campagne de 2022, suspectés de contrevenir à la législation sur le financement politique.



