Le BHV (Bazar de l’Hôtel de Ville) a officiellement déposé une demande de redressement judiciaire le 27 octobre 2026. Malgré l’arrivée d’une enveloppe de 100 millions d’euros destinée à relancer l’activité, les difficultés financières se sont aggravées au point de rendre la procédure inévitable. Cette décision intervient après des mois d’affluence décroissante, le départ de nombreuses enseignes et un conflit ouvert avec le propriétaire du bâtiment.
Acquis par la SGM (Société des Grands Magasins) en 2023, le grand magasin tenta de s’affirmer à nouveau en accueillant le label Shein dès le 25 février 2026. Cette initiative, pourtant prometteuse, n’a pas réussi à générer le trafic attendu : les allées restaient largement vides et les ventes ne couvraient pas les frais d’approvisionnement. Le shopping en magasin s’est ainsi substitué à un simple passage de curieux, sans véritable conversion en achats.
Contexte du BHV et les premiers signes de déclin
Fondé il y a 170 ans, le BHV était autrefois le cœur du commerce du Marais, réputé pour son rayon bricolage, ses luminaires et sa parapharmacie. L’essor d’internet et la concurrence des plateformes en ligne ont toutefois érodé son modèle traditionnel. Après la cession du fonds de commerce à la SGM, les loyers élevés du bâtiment, détenu par le fonds canadien Brookfield Asset Management, sont devenus un poids majeur. Dès l’été 2025, plusieurs magasins ont vu leurs marques quitter les étagères, laissant des espaces vides du deuxième au quatrième étage. La tentative de relance pendant la Fashion Week de septembre 2025 n’a pas suffi à renverser la tendance.
Le financement de 100 millions d’euros et le litige avec le bailleur
En janvier 2026, la SGM a annoncé un accord avec un investisseur mystérieux, aboutissant à la vente des murs du BHV à Brookfield. Le contrat de bail, signé le 27 janvier 2026, prévoyait le versement d’une indemnité de 37,5 millions d’euros en cas de restitution partielle de la surface, soit environ la moitié des 50 000 m² du magasin. Brookfield estime que le BHV n’a pas satisfait aux exigences de remise en état et n’a donc pas déclenché le paiement. Le groupe affirme que le non-respect de ces clauses a entraîné un serious cash-flow problem qui a précipité la demande de redressement.
Parallèlement, les actionnaires de la SGM ont débloqué un paquet de 100 millions d’euros destiné à financer de nouvelles implantations : ouverture d’une halle alimentaire « Cerise & Potiron », création d’un rayon animalerie au sous-sol, mise en place d’une parapharmacie au rez-de-chaussée et renforcement du secteur maison-décoration. Malgré cet afflux de capitaux, les obligations de paiement du bail restent suspendues, et la trésorerie du groupe continue de se détériorer.
Le redressement judiciaire comme ultime recours
Le nouveau directeur, Karl-Stéphane Cottendin, ancien banquier d’affaires chez Merrill Lynch, a présenté le plan de redressement au tribunal de commerce de Paris. Il invoque la nécessité de protéger les 700 salariés encore en poste et de sauvegarder les activités commerciales encore viables. La demande a été déposée trois jours avant l’audience prévue à la suite d’une inspection du travail suspectant le BHV d’être en cessation de paiements.
La mairie de Paris suit le dossier de près, consciente que la perte du BHV pourrait affecter l’attractivité du quartier de la rue de Rivoli. Les parties restent en désaccord : Brookfield maintient que le BHV doit d’abord restituer les espaces conformément au bail, tandis que la direction du magasin argue que le retard de paiement provient d’une violation contractuelle de la part du bailleur. Le verdict du tribunal, attendu dans les prochaines semaines, déterminera si le BHV pourra poursuivre son plan de relance ou s’il sera contraint à une liquidation définitive.



