Le rapport du Sénat publié en juin 2026 révèle que la prévention ne peut plus être cantonnée aux seules structures hospitalières. Face à la hausse constante des maladies chroniques – déjà 25 millions de patients en France et 5 millions de plus d’ici 2035 – les décideurs appellent à une gouvernance plus large, incluant les ministères hors santé, les collectivités et les acteurs de terrain.
Cette prise de conscience s’appuie sur le constat que les déterminants de santé (éducation, logement, environnement, emploi, mobilité, etc.) exercent une influence majeure – jusqu’à 80 % du bien-être d’une population – alors que le système curatif ne représente que 20 % des besoins réels. Ainsi, la prévention doit s’insérer dans la vie quotidienne, bien avant le premier rendez-vous médical.
Un constat du Sénat : la prévention hors du cadre hospitalier
Déterminants de santé élargis
Les investigations du Sénat soulignent que les actions de dépistage, de vaccination ou d’éducation sanitaire, si essentielles, restent limitées lorsqu’elles ne tiennent pas compte du contexte de vie des personnes. Le logement inadapté, la malnutrition, le risque de chute ou l’isolement sont autant de signaux d’alarme qui apparaissent bien avant la première consultation médicale.
Le rôle quotidien des infirmiers libéraux
Les infirmiers libéraux (IDEL) sont en première ligne de ce nouveau paradigme. Leur présence à domicile leur permet d’observer les habitudes, le cadre de vie et les fragilités des patients chroniques ou âgés. Cette proximité rend possible l’identification précoce de situations à risque telles que la perte d’autonomie, les difficultés d’observance ou les addictions, ouvrant la porte à des interventions préventives ciblées.
Vers une gouvernance interministerielle et territoriale
Le comité existant et ses limites
Le Code de la santé publique prévoit déjà un comité interministériel chargé d’intégrer la santé dans toutes les politiques publiques. Cependant, le rapport sénatorial de 2026 décrit une structure trop verticale, où les initiatives restent isolées et parfois redondantes. L’appel est donc lancé pour un pilotage collectif, associant le ministère de la Santé, le ministère de l’Éducation, le ministère du Logement, les collectivités locales et les organisations associatives.
Implication des territoires
Les collectivités territoriales disposent d’une « puissance de feu » capitale : elles peuvent adapter l’urbanisme, soutenir la mobilité douce, créer des espaces de dépistage de proximité et financer des programmes d’éducation à la santé. L’idée avancée par les députés Agnès Firmin Le Bodo et Cyrille Isaac-Sibille est de placer la prévention sous la responsabilité du Premier ministre, afin d’assurer la cohérence entre les différents niveaux de décision.
Financement et évaluation médico-économique de la prévention
Mesurer l’impact des actions préventives
Évaluer une action qui vise à empêcher un événement de santé pose un défi méthodologique. Le Sénat propose d’adopter une évaluation médico-économique qui quantifie les hospitalisations évitées, les complications retardées, les gains d’autonomie et, le cas échéant, les économies réalisées sur le budget santé. Cette approche dépasse le simple comptage de patients vus ou d’actes réalisés.
Vers des budgets pérennes
Actuellement, la prévention est souvent financée par des appels à projets ponctuels. Le rapport recommande de passer à des dispositifs de financement durable, où les actions prouvées efficaces reçoivent un soutien récurrent. L’OCDE souligne que la France consacre encore une part limitée de ses ressources à la prévention, et qu’un renforcement de ces investissements pourrait réduire les dépenses de santé à moyen terme.
La nouvelle stratégie place les infirmiers libéraux au centre d’une prévention intégrée, soutenue par une gouvernance interministerielle et un financement basé sur des indicateurs réels. Le défi reste de transformer ces recommandations en programmes concrets, mesurables et pérennes pour garantir la santé de la population au-delà des murs des hôpitaux.



