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22 juin 2026

Bpifrance critiquée pour son rôle dans les fonds spéculatifs

Un rapport parlementaire accuse Bpifrance de soutenir des fonds spéculatifs, mettant en danger des entreprises françaises et la souveraineté économique du pays.

Bpifrance critiquée pour son rôle dans les fonds spéculatifs

Bpifrance, la banque publique d’investissement française, se retrouve sous le feu des critiques après la publication d’un rapport parlementaire accablant. La commission d’enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs met en lumière des pratiques controversées, remettant en question le rôle de Bpifrance dans l’économie nationale.

La rapporteure Aurélie Trouvé, membre de La France insoumise, n’y va pas par quatre chemins. Elle accuse Bpifrance de soutenir fortement les fonds de capital-investissement, au détriment de sa mission d’intérêt général. La banque publique serait principalement guidée par la performance financière, au risque de compromettre la stabilité des entreprises françaises.

Les risques des rachats avec effet de levier

Parmi les pratiques pointées du doigt, le rapport souligne le soutien régulier de Bpifrance au modèle de leveraged buy-out (LBO). Cette stratégie consiste à racheter une entreprise en empruntant de l’argent, plutôt qu’en utilisant les fonds propres existants. Une approche risquée, selon Aurélie Trouvé, car c’est l’entreprise elle-même qui supporte cette dette, la mettant en difficulté financière.

Un rapport de la Banque de France de septembre 2026 confirme ces craintes. Il révèle qu’une entreprise rachetée via un LBO a 44 % de chances supplémentaires de faire faillite un an plus tard que ses concurrentes en Europe. De plus, le taux de croissance de sa dette est 35 % supérieur à celui de ses homologues.

Des exemples concrets de difficultés financières

Le rapport parlementaire cite plusieurs exemples pour étayer ses propos. Parmi eux, le cas de Cerba, un laboratoire de biologie médicale français racheté en 2026 par le fonds d’investissement suédois EQT Partners, en co-investissement avec Bpifrance. Depuis ce rachat, Cerba a rencontré de sérieuses difficultés financières, reconnaissant même Nicolas Dufourcq, président de Bpifrance.

Cependant, Nicolas Dufourcq minimise l’impact de la dette, la qualifiant de conjoncturelle et liée aux difficultés du secteur pharmaceutique. Il estime que les investisseurs peuvent se permettre d’engager des leviers élevés pour des industries de services avec des marges élevées, permettant de combler rapidement cette dette.

Des investissements controversés

Le rapport révèle également que Bpifrance a réalisé la moitié de ses investissements en 2026, soit 1,7 milliard d’euros, dans son activité de fonds de fonds. Cette pratique consiste à subventionner des fonds d’investissement qui investissent eux-mêmes dans des entreprises. Pourtant, Bpifrance n’a pas répondu directement aux appels à l’aide d’entreprises françaises stratégiques en difficulté, comme l’usine chimique Vencorex ou le fabricant d’électroménager Brandt.

Aurélie Trouvé critique cette approche, soulignant que ces entreprises ne demandent parfois que quelques dizaines de millions d’euros pour se reconvertir, souvent avec des projets de reprise par les salariés. Pourtant, elles se retrouvent aux mains de fonds d’investissement, parfois extrêmement prédateurs.

Nicolas Dufourcq se défend en expliquant que Bpifrance n’a pas le droit d’investir directement dans des entreprises en difficulté, car cela serait considéré comme une aide d’État par la Commission européenne. Il argue que Bpifrance passe par des fonds privés pour financer indirectement ces entreprises en difficulté.

Des partenariats douteux

Le rapport met également en lumière les partenariats de Bpifrance avec des fonds privés, parfois aux pratiques fiscales nébuleuses. Par exemple, Bpifrance a co-investi avec le fonds américain Apollo dans le rachat du producteur d’emballages en verre Verallia au groupe Saint-Gobain. Selon Aurélie Trouvé, cette opération a abouti à un taux d’imposition de seulement 0,007 % pour l’État français, grâce à des montages fiscaux complexes au Luxembourg et des transferts de millions d’euros vers les îles Caïmans.

Nicolas Dufourcq se défend en affirmant que Bpifrance ne peut pas effectuer de diligence fiscale complète sur les fonds avec lesquels elle investit. Il rappelle que Bpifrance a simplement rejoint un montage financier préalablement prévu entre Saint-Gobain et Apollo, pour assurer une présence française protectrice.

Malgré ces défenses, le rapport parlementaire appelle à une réforme en profondeur de Bpifrance, afin de revoir sa doctrine d’investissement. Il propose soit de se substituer aux fonds, soit d’imposer des standards d’investissement socialement et économiquement responsables aux fonds avec lesquels elle travaille.