Alors que la campagne présidentielle s’intensifie, la France se retrouve à la croisée des chemins pour les investissements étrangers. Entre une dette souveraine qui dépasse les 2500 milliards d’euros, une flambée du taux obligataire à dix ans approchant les 5 % et des mouvements sociaux répétés – des protestations lycéennes aux résurgences des Gilets jaunes – le climat d’affaires devient une question de confiance. Les dirigeants d’entreprises étrangères réévaluent leurs projets, redoutant que l’instabilité ne transforme la deuxième économie de la zone euro en un terrain d’attente.
Tensions macroéconomiques et sociales
Le déficit budgétaire français s’alourdit chaque trimestre, entraînant une hausse du coût de la dette. Les titres d’État français, jadis considérés comme des valeurs refuges, voient leur rendement grimper, poussant certains gestionnaires à envisager une éventuelle intervention de la BCE pour stabiliser les marchés. Parallèlement, les dernières semaines ont été marquées par des manifestations d’élèves, rappelant la fragilité du consensus social. Ces signaux combinés nourrissent le sentiment que la France pourrait entrer dans une période d’immobilisme économique, où les fonctions de décision sont retardées jusqu’à ce que la situation se clarifie.
Dette publique, taux obligataires et perspective de la BCE
En octobre 2026, le taux de l’obligation française à dix ans a effleuré les 4,96 %, un niveau jamais atteint depuis la crise de la dette souveraine de 2011. Les analystes de la Banque centrale européenne ont évoqué la possibilité d’un programme d’achat d’actifs afin d’alléger la pression sur les marchés, mais aucune décision officielle n’est encore prise. Ce contexte rend la politique budgétaire française plus sensible aux critiques, notamment de la part des investisseurs institutionnels qui détiennent près de 57,5 % de la dette souveraine.
Impact sur les flux d’investissements étrangers
Malgré les vents contraires, les chiffres de 2025 montrent une résilience surprenante. Business France a recensé 1 878 décisions d’investissements internationaux, soit une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente, générant près de 48 000 emplois. Le baromètre EY classe encore la France comme le premier site européen d’attraction d’investissements étrangers, devant le Royaume-Uni et l’Allemagne, pour la septième année consécutive. Toutefois, l’élan semble se ralentir: le nombre total de projets enregistrés a reculé plus fortement en 2025 que dans les deux économies voisines, un signe que le « record » de 93 mrd d’euros d’annonces en mai 2024 pourrait être difficile à reproduire.
Statistiques 2025 et classement international
Un sondage réalisé en janvier par le cabinet Kearney, auprès de plus de 500 dirigeants de multinationales, confirme que la France occupe la 7ᵉ place mondiale pour les investissements directs étrangers. Néanmoins, les répondants décrivent cette position comme « fragile », redoutant que la compétition mondiale ne favorise des pays offrant une plus grande certitude politique et fiscale. La chambre de commerce franco-américaine AmCham a récemment indiqué que la confiance des investisseurs américains, premiers bailleurs de fonds étrangers, atteint son plus bas niveau depuis une décennie.
Réactions des acteurs économiques
Kevin Thozet, du comité d’investissement de Carmignac, souligne que « les investisseurs étrangers sont plus inquiets qu’au moment de la dissolution de l’Assemblée ». Pour le cabinet de conseil Kearney, Jérôme Souied insiste sur le fait que tant que les « caractères structurels » – énergie nucléaire décarbonée, capital humain, infrastructures de pointe – restent intacts, la France conserve un avantage compétitif. De son côté, Ted Pick, PDG de Morgan Stanley, rappelle que même lorsque le sentiment général est négatif, des « fondations saines » permettent de voir le verre à moitié plein.
Si l’incertitude électorale persiste, les décisions d’investissement pourraient rester suspendues, ralentissant la création d’emplois et la croissance. Le prochain « Choose France », prévu le 18 janvier, sera l’épreuve ultime pour mesurer si le pays saura reconquérir la confiance des capitaux étrangers.



