Depuis des décennies, le portefeuille 60/40 – 60 % d’actions, 40 % d’obligations – constitue le point de référence des plans d’épargne. Cette règle, héritée de performances historiques pendant la Grande Dépression, fait aujourd’hui l’objet d’un examen critique. Les récentes hausses simultanées du S&P 500 et de leurs rendements obligataires, conjuguées à la volatilité liée aux politiques monétaires, montrent que la corrélation attendue entre actions et obligations s’est affaiblie. Ainsi, de nombreux investisseurs recherchent des alternatives plus adaptatives, capables de résister aux chocs macro-économiques tout en conservant la simplicité du modèle traditionnel.
Le seul portefeuille réellement passif : le GFAP
Dans son ouvrage « Your Perfect Portfolio », Cullen Roche propose le Global Financial Asset Portfolio (GFAP), une allocation basée sur la capitalisation boursière mondiale. Le GFAP se compose d’environ 45 % du marché mondial d’actions (ex. VT) et de 55 % du marché mondial d’obligations (ex. BNDW). Cette pondération reflète la scène financière globale sans aucune sélection active de titres. Selon Roche, toute déviation de ce mix représente une forme d’investissement « actif », même si elle repose sur des fonds indiciels à coût faible. L’idée centrale est d’établir une base neutre avant d’ajouter des surcouches de risque ciblées, comme une exposition supplémentaire aux actions pour les jeunes ou aux obligations à courte durée pour les retraités.
Gestion active du cash : la préférence pour les bons du Trésor
Le cash, souvent relégué à une simple caisse d’urgence, peut devenir une source de perte de performance lorsqu’il est placé dans des comptes d’épargne classiques. Les frais de gestion des fonds monétaires de grandes institutions (ex. SPAXX de Fidelity) dépassent souvent 0,3 %, alors que les bons du Trésor américain peuvent être acquis gratuitement via les plateformes de courtage et réinvestis automatiquement à échéance. En construisant une échelle de bons de 1 à 3 mois et en activant le auto-roll, un investisseur peut réduire les coûts de gestion de plusieurs dizaines de points de base sur une décennie, soit une différence de 420 $ pour chaque 10 000 $ investis. Ce gain, bien que modeste, s’avère significatif pour les portefeuilles dont la trésorerie excède 100 000 $ ou qui souhaitent préserver une réserve d’urgence tout en maximisant le rendement.
Investir selon une durée définie : les ETFs « Defined Duration »
Pour rapprocher la flexibilité du cash des avantages de la diversification, Roche introduit le principe de durée définie. Plutôt que de choisir entre 100 % de liquidités ou 100 % d’actions, l’investisseur sélectionne un mélange dont la sensibilité aux variations de taux correspond à un horizon temporel précis (5, 10 ou 15 ans). Les Defined Duration ETFs illustrent ce concept : par exemple le DDV (Defined Duration 5) regroupe 87 % d’obligations (dont 38 % de bons à 12 mois, 28 % de Treasuries courts, 21 % de Treasuries intermédiaires) et 13 % d’actions (9 % internationales, 3 % valeurs US classiques, 1 % actions totales US). Une allocation similaire – 40 % de bons du Trésor, 30 % de Treasuries courts, 15 % de Treasuries intermédiaires et 15 % d’actions mondiales (ex. VT) – génère une durée d’environ 5,6 ans, idéale pour un projet d’achat immobilier à moyen terme.
Le virage vers le modèle « tri-partite barbell »
En parallèle, les grands gestionnaires institutionnels observent le déclin du modèle 60/40 et adoptent une structure en trois piliers : 40 % d’actions à forte trésorerie (entreprises cash-rich), 30 % d’actifs réels (or, infrastructures énergétiques) et 30 % de crédit privé senior. Cette répartition, parfois qualifiée de tri-partite barbell, vise à combiner rendement, protection contre l’inflation et flux de trésorerie réguliers. Bien que la plupart des investisseurs individuels n’aient pas accès directement aux prêts privés, les ETFs à revenu fixe de type « senior loan » offrent une porte d’entrée. Ainsi, la combinaison d’un GFAP comme socle, d’une gestion active du cash via T-bills, et d’une allocation à durée définie ou à barbell permet de créer un portefeuille résilient, aligné sur les besoins spécifiques de chaque investisseur.
L’ère du simple 60/40 est révolue. En s’appuyant sur le GFAP pour établir une base neutre, en optimisant la trésorerie grâce aux bons du Trésor, et en ajustant la durée d’exposition via les ETFs à durée définie ou le modèle barbell, les investisseurs peuvent préparer des stratégies capables de supporter les cycles de hausse et de baisse simultanés des actions et des obligations. La clé réside dans la compréhension des quatre piliers de l’investissement – théorie, histoire, psychologie et affaires – afin de transformer chaque décision active en un choix éclairé et durable.



