Les transferts de risques synthétiques (SRT) suscitent un intérêt croissant dans le milieu bancaire. Originaires d’Europe au début des années 2000, ces instruments financiers ont évolué pour devenir des éléments essentiels de la gestion des bilans des banques. En effet, depuis 2016, les établissements bancaires ont traité des SRT portant sur plus de 1,1 trillion de dollars d’actifs sous-jacents, avec des émissions annuelles atteignant plusieurs dizaines de milliards.
Cette montée en puissance des SRT a attiré l’attention des régulateurs et des journalistes financiers, soulevant des interrogations quant à leur sécurité et leur impact sur le système financier. Mais ces inquiétudes sont-elles vraiment justifiées?
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Qu’est-ce que les SRT?
Les SRT représentent une forme de synthétisation des actifs, également connue sous le nom d’« synthétique » ou de « souscription sur le bilan ». Grâce à ces contrats, une banque peut transférer une partie du risque de crédit associé à un portefeuille de prêts, sans avoir à céder totalement ces prêts. Cela se fait généralement via des dérivés de crédit ou des garanties.
En Europe, les investisseurs acquièrent le risque de prêts mezzanine en émettant des swaps de défaut de crédit (CDS), tandis qu’aux États-Unis, cela se fait par le biais de notes liées au crédit (CLN). Les fonds de crédit privés et publics, attirés par des rendements compétitifs et la possibilité de diversifier leurs expositions au crédit, jouent un rôle clé. En contrepartie de cette protection, les banques voient leurs exigences de capital réglementaire diminuer, leur permettant ainsi de libérer des ressources pour de nouveaux prêts.
Fonctionnement des SRT
Lorsque les banques s’engagent dans des SRT, elles conservent généralement la tranche de première perte, absorbant ainsi les premières pertes éventuelles. L’investisseur, quant à lui, reçoit un coupon fixe et n’a accès qu’à des informations générales sur le portefeuille sous-jacent, telles que la durée, les notations et le secteur d’activité. En cas de défaut dans le portefeuille, la banque prend en charge les pertes jusqu’à atteindre la limite de la tranche mezzanine, réduisant ainsi son exposition au risque de crédit.
Pourquoi les SRT gagnent en popularité
Les banques européennes dominent le marché, représentant environ 60 à 70 % des émissions mondiales. Cette prédominance s’explique par un système bancaire centré sur les prêts, associé à une réglementation stricte post-crise financière de 2008. La clarté des règles de supervision, ainsi qu’une base d’investisseurs solide, favorisent également l’expansion des SRT. Chaque opération SRT est soumise à un examen approfondi par des organismes tels que la Banque centrale européenne et l’Autorité bancaire européenne.
Aux États-Unis, l’entrée rapide des banques sur le marché des SRT a été catalysée par une nouvelle directive de la Réserve fédérale en, reconnaissant les structures de CLN comme éligibles pour un allègement du capital. Ainsi, le pays représente désormais près de 30 % des flux mondiaux de transactions SRT. En Asie, des initiatives similaires ont été testées, mais à une échelle nettement plus modeste.
Les enjeux de la réglementation
Malgré leurs avantages, les SRT ne sont pas exemptes de critiques. Les régulateurs se concentrent sur des risques potentiels tels que le risque de renouvellement, la concentration des investisseurs et l’effet de levier. Par exemple, le risque de renouvellement est préoccupant, car les SRT ont une durée de vie de trois à cinq ans, tandis que les prêts sous-jacents peuvent rester sur le bilan bien plus longtemps. Si le marché se détériore lors du renouvellement d’un SRT, les banques pourraient faire face à une augmentation soudaine de leurs actifs pondérés en fonction des risques (RWA).
De plus, la concentration des investisseurs dans le marché mezzanine représente un risque supplémentaire, car un nombre restreint de fonds de crédit privés domine ce secteur. Cela crée une dépendance qui pourrait s’avérer problématique en période de tension sur les marchés.
Une stratégie de gestion des risques
Les SRT offrent aux banques un moyen stratégique de gérer leur capital et leur exposition au crédit, tout en maintenant un volume de prêts stable dans un contexte réglementaire de plus en plus strict. La méfiance publique entourant ces instruments peut être en partie attribuée aux séquelles de la crise financière, mais la situation actuelle est différente. Les banques conservent une exposition au risque de première perte, et les investisseurs assument également une partie réelle du risque.
Cette montée en puissance des SRT a attiré l’attention des régulateurs et des journalistes financiers, soulevant des interrogations quant à leur sécurité et leur impact sur le système financier. Mais ces inquiétudes sont-elles vraiment justifiées?0
