John Rekenthaler, analyste chevronné depuis 36 ans et ancien vice-président de la recherche chez Morningstar, est l’auteur du célèbre Rekenthaler Report. Son parcours, débuté en 1988, l’a placé au cœur de la mutation des fonds mutuels, du passage des produits « load » aux fonds à faible coût, et de l’avènement de l’investissement passif. Dans cette interview, il décortique les leçons tirées de son expérience, de la révolution des fonds indiciels aux choix de placement pour la retraite.
L’avènement des fonds indiciels et la remise en cause du modèle traditionnel
Lorsque Rekenthaler a rejoint Morningstar, Vanguard ne figurait même pas parmi les dix plus grands gestionnaires de fonds. Les produits étaient majoritairement vendus par des courtiers captifs, avec des frais souvent supérieurs à 1 %. Au fil des décennies, les investisseurs et les conseillers ont compris l’impact brutal du coût sur la performance à long terme. Aujourd’hui, les frais moyens des fonds actions sont tombés à une fraction du pourcentage initial, grâce à l’économie d’échelle des géants comme Vanguard, State Street ou BlackRock. Les sociétés plus petites tentent de compenser leurs limites en proposant des stratégies complexes et onéreuses, mais la complexité ne garantit pas de meilleurs rendements.
Principes de base pour la phase d’accumulation
Selon Rekenthaler, les règles d’or pour ceux qui accumulent restent étonnamment simples : « épargnez au maximum, investissez majoritairement dans des actions largement diversifiées, limitez les frais et évitez les transactions inutiles ». Il recommande surtout un portefeuille composé d’un fonds total du marché ou d’un indice mondial, sans recherche de sur-performance par le timing. La discipline sur le coût et la constance du allocation d’actifs l’emportent sur les ajustements mineurs du portefeuille.
TIPS et obligations protégées contre l’inflation
Les TIPS (Treasury Inflation-Protected Securities) offrent aujourd’hui un rendement réel d’environ 3 %, ce qui représente un « pari asymétrique » selon Rekenthaler. Si l’inflation reste sous les attentes, les rendements nominaux offrent peu d’avantage ; si elle dépasse les prévisions, les TIPS protègent efficacement le pouvoir d’achat. Il souligne toutefois que les TIPS sont des obligations : leur prix peut chuter lorsque les taux réels augmentent, et ils sont conçus pour être détenus jusqu’à échéance, pas pour une revente anticipée.
Investissements privés : opportunité ou piège ?
En théorie, les placements privés devraient rémunérer l’illiquidité, le manque de transparence et la complexité. Dans la pratique, le gain de prime est souvent absorbé par les frais de gestion, et l’évaluation repose largement sur les informations fournies par le vendeur. Rekenthaler conseille de les considérer comme de l’« argent de jeu », à n’allouer qu’après avoir couvert les besoins de base avec des actifs liquides, peu coûteux et très diversifiés. Même la filiale de Morningstar, PitchBook, montre que les retours excessifs restent rares.
Retraite, Social Security et ajustements de portefeuille
À 65 ans, Rekenthaler maintient une forte exposition actions, justifiant cela par une « longue durée d’horizon » et un taux de retrait annuel d’environ 2,5 %. Même une baisse d’un tiers du portefeuille ne ferait grimper son taux de retrait que vers 4 %, un niveau qu’il juge supportable. Il prévoit de retarder le Social Security jusqu’à 70 ans et d’envisager des conversions Roth pendant la période intermédiaire. Son portefeuille imposable repose essentiellement sur un fonds total du marché, facilitant le contrôle des gains en capital et l’efficacité fiscale.
Rekenthaler met également en garde contre le « piège du marché baissier » : vendre lors d’une chute, puis attendre un nouveau creux pour racheter, ce qui double la perte. Il recommande d’établir une règle pré-définie (par ex. réinvestir dès que le marché rebondit de 20 %). Lors de la crise de 2008, il a laissé du cash pendant plusieurs mois, mais a



