Le terminal pétrolier de Yanbu principal point d’exportation du brut saoudien sur la mer Rouge, est devenu la cible privilégiée des forces houthies du Yémen. Depuis juillet, le groupe rebelle a relancé une série d’attaques aériennes et balistiques, notamment six missiles interceptés récemment alors qu’ils visaient les côtes de Taëf et de Yanbu. Ces frappes s’inscrivent dans un contexte plus large où les Houthis, soutenus par l’Iran, cherchent à contrôler les voies maritimes stratégiques d’Ormuz et de Bab el-Mandeb, essentielles au transport du pétrole mondial.
Face à cette escalade, le président Emmanuel Macron a annoncé, lors d’une interview télévisée, que la France enverrait des moyens militaires – soldats, radars et systèmes de défense – afin de sécuriser le site saoudien. Il a précisé que l’objectif n’était pas de participer aux combats, mais de « protéger » les installations. Cette décision, prise en coordination avec les autorités saoudiennes, intervient alors que la coalition menée par Riyad lutte contre la prise de territoires côtiers par les Houthis et subit des pertes humaines importantes sur le terrain yéménite.
Réactions au sein de l’Assemblée nationale
Le lendemain de l’annonce, la députée Clémence Guetté vice-présidente de l’Assemblée nationale et représentante du Val-de-Marne pour La France insoumise (LFI), a exigé une discussion devant le Parlement avant tout déploiement de troupes françaises. « Le chef de l’État ne peut pas envoyer de troupes dans un conflit aussi brûlant sans un débat parlementaire », a-t-elle déclaré sur France Inter, ajoutant que « l’envoi de troupes françaises dans une zone de guerre peut très rapidement faire de nous des cobelligérants ». Elle a également pointé du doigt les « superprofits » des raffineurs français, notamment Total, alimentés par la hausse des prix des carburants causée par le conflit.
Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a rappelé l’article 35 de la Constitution, qui prévoit un vote du Parlement pour toute décision d’engager des forces armées à l’étranger. De son côté, Sébastien Chenu, vice-président du Rassemblement national, a soutenu que « il ne faut pas envoyer de militaires français pour protéger le site de Yanbu ». Cette convergence de critiques, issue d’opposition et d’extrême-droite, souligne la sensibilité politique d’une possible participation française à une guerre déjà perçue comme complexe.
Enjeux économiques et sécuritaires
Au-delà du débat politique, la question de Yanbu revêt une dimension économique majeure pour la France. La hausse du prix du carburant, attribuée en partie aux perturbations du trafic pétrolier, pèse sur le pouvoir d’achat des Français, créant une « situation de privation extrêmement grave », selon Guetté. Elle a dénoncé le « blocage des prix et des marges » comme levier contre les profits excessifs des compagnies pétrolières. Le gouvernement, quant à lui, justifie sa présence comme une garantie de stabilité des approvisionnements énergétiques mondiaux.
Enfin, le contexte régional reste très volatile. Les attaques récentes, incluant un drone supposé visé La Mecque et une première frappe directe sur Riyad, illustrent la capacité des Houthis à projeter leur pouvoir au-delà des frontières yéménites. La coalition saoudienne, qui a déclaré avoir intercepté les six missiles balistiques, continue de renforcer la défense de ses installations, tandis que l’Iran nie toute direction des opérations houthies. Dans ce théâtre d’incertitude, la décision française pourrait rapidement être perçue comme une escalade, d’où l’importance soulignée par Guetté d’obtenir un mandat parlementaire préalable.



