L’Union européenne (UE) a accusé la plateforme chinoise Temu d’avoir entravé une enquête sur des subventions illégales, une accusation que la plateforme conteste fermement. Cette situation met en lumière les tensions croissantes entre les régulateurs européens et les entreprises étrangères opérant dans le marché unique.
En décembre 2026, la Commission européenne gardienne de la concurrence en Europe, avait mené des inspections dans les locaux de Temu et de sa filiale WhaleCo en Irlande. Ces inspections visaient à déterminer si Temu avait bénéficié de subventions de Pékin susceptibles d’avoir faussé la concurrence. La Commission s’appuie sur un règlement européen adopté en 2026 pour lutter contre la concurrence déloyale d’entreprises étrangères bénéficiant de subventions étatiques.
Les accusations de la Commission européenne
La Commission européenne reproche à Temu de ne pas avoir coopéré suffisamment lors de ces inspections. Plus précisément, elle accuse la plateforme de ne pas avoir répondu à des demandes d’informations basiques et d’avoir refusé de fournir divers documents et registres sur ses activités au sein de l’UE.
Si cette accusation est confirmée, Temu pourrait se voir infliger une amende pouvant atteindre 1% de son chiffre d’affaires total. En outre, la Commission pourrait imposer des mesures correctives si son enquête conclut que Temu a bien bénéficié de subventions ayant faussé la concurrence.
La réponse de Temu
Temu a vigoureusement contesté ces allégations. « Temu a coopéré pleinement à toutes les demandes formulées par la Commission lors de ces inspections », a indiqué un porte-parole de l’entreprise. La plateforme a réaffirmé n’avoir touché « aucune subvention étrangère ayant faussé la concurrence » en Europe et a assuré de son attachement à des règles du jeu équitables.
Selon Temu, l’entreprise génère, grâce à ses propres activités opérationnelles, des flux de trésorerie soutenus et suffisants pour financer ses activités dans l’UE. Elle n’a aucunement besoin de subventions pour assurer son fonctionnement ou en tirer un quelconque avantage concurrentiel.
Les antécédents de Temu avec les autorités européennes
Temu a déjà eu maille à partir avec les autorités européennes. En mai, Bruxelles lui avait imposé une amende de 200 millions d’euros pour avoir permis la distribution aux consommateurs européens de produits illégaux ou dangereux via sa plateforme. Cette sanction avait été contestée par l’entreprise.
Malgré son arrivée récente sur le marché en 2026, Temu compte environ 130 millions d’utilisateurs dans les 27 États membres de l’UE, soit près d’un tiers de leur population totale. Cette popularité contraste avec les défis réglementaires auxquels la plateforme est confrontée.
Le cadre réglementaire du DSA
Le Digital Services Act (DSA) s’applique à tous les intermédiaires en ligne, mais les obligations varient selon le type d’acteur concerné. Temu, en tant qu’hébergeur, est responsable des contenus illicites dont elle assure la diffusion en ligne uniquement si elle a connaissance de leur caractère illicite.
La Commission européenne a désigné Temu comme une « très grande plateforme » en ligne, ce qui implique des obligations supplémentaires en matière de retrait des contenus illicites, de modération et de conception des interfaces en ligne. Temu aurait dû analyser et évaluer de manière diligente tout risque systémique au sein de l’UE découlant de la conception ou du fonctionnement de ses services.
La Commission a conclu que le rapport d’évaluation des risques systémiques de Temu était insuffisant et ne reflétait pas la réalité des risques présents sur la plateforme. En conséquence, elle a jugé nécessaire de sanctionner Temu pour non-respect de ses obligations.
Les juristes de droit du numérique espèrent que Temu décidera de contester la sanction prononcée par la Commission devant le Tribunal de l’Union européenne, afin d’éclairer la manière dont les pouvoirs publics européens entendent donner concrètement vie aux dispositions du DSA.



