À qui s’adresse ce texte? Aux épargnants — jeunes et futurs retraités — qui préparent un revenu durable à la retraite et veulent comprendre comment l’inflation peut ronger leur pouvoir d’achat sur 20–30 ans. Le point central: la séquence des rendements et la fameuse « règle des 4 % » sont certes utiles, mais leur portée est souvent surestimée si l’on néglige l’effet continu de la hausse des prix.
1) Pourquoi l’inflation change la donne L’inflation n’est pas qu’un chiffre: c’est une usure régulière du pouvoir d’achat. Retirer un pourcentage fixe d’un portefeuille (la règle des 4 %) peut sembler sûr sur le papier, mais si les prix augmentent chaque année, ce même pourcentage achète de moins en moins. Les marchés connaissent des krachs et des reprises, la volatilité est ponctuelle; l’inflation, elle, travaille en continu et peut transformer un capital apparemment suffisant en source de revenus insuffisante.
2) Différence entre nominal et réel — et comment la mesurer Le plus simple: rendement réel = rendement nominal − inflation. En France, l’INSEE publie chaque mois l’indice des prix à la consommation (IPC); on suit aussi l’inflation sous-jacente qui exclut l’énergie et l’alimentation pour lisser les variations volatiles. Pour un retraité, un rendement nominal de 4 % correspond à un rendement réel de 2 % si l’inflation est à 2 % — et c’est ce rendement réel qui détermine le niveau de vie.
3) L’impact de la séquence de rendements relativisé par l’inflation La séquence des rendements (autrement dit: subir de mauvaises années au début de la décumulation) a un effet réel sur la longévité du portefeuille. Mais si l’inflation est élevée et persistante, son effet cumulatif peut être plus dévastateur: même une série de bonnes années en termes nominaux ne suffit pas à compenser une perte continue de pouvoir d’achat.
4) Conséquence majeure: les dépenses de santé et le coût du logement Certains postes pèsent particulièrement. Les soins et les complémentaires santé augmentent souvent plus vite que l’inflation moyenne: quelques années de dépenses médicales lourdes peuvent bouleverser un plan financier. De même, les coûts liés au logement (loyers ou charges) prennent une part croissante du budget. Mesurer l’inflation « globale » sans distinguer ces postes, c’est sous-estimer le risque réel pour les retraités.
5) Stratégies pratiques pour limiter l’érosion du pouvoir d’achat – Obligations indexées: en France, les OATi protègent le nominal et constituent une première barrière contre la hausse des prix. – Immobilier locatif: sur le long terme, les loyers suivent souvent l’inflation et constituent une couverture naturelle. – Diversification: combiner actions, obligations indexées et actifs réels (immobilier, infrastructures, certaines matières premières) réduit la vulnérabilité à une inflation durable. – Décaissements indexés partiellement: ajuster les retraits selon l’inflation limite l’érosion, mais complique la planification. – Revenus récurrents partiellement indexés: rentes ou loyers révisables stabilisent les flux de trésorerie. – Flexibilité: augmenter l’épargne, réduire temporairement les retraits ou activer des règles automatiques de réallocation si l’inflation dépasse certains seuils.
6) Mesurer et tester le risque: méthode opérationnelle – Construire un « panier senior » qui reflète les dépenses réelles (santé, logement, alimentation) plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’IPC général. – Simuler trois scénarios d’inflation (pessimiste, modéré, optimiste) sur 20–30 ans, avec stress tests combinant hausse des prix et baisses de rendement. – Utiliser des simulateurs de décaissement et des Monte Carlo pour quantifier la probabilité d’épuisement du capital. – Calculer des « seuils de rebasage »: niveaux d’inflation au-delà desquels il faut réallouer ou réduire les retraits. – Surveiller les indicateurs de marché (OATi, spreads d’inflation) pour capter les anticipations et ajuster les hypothèses.
7) Outils concrets à intégrer dès maintenant – Produits indexés (OATi, fonds protégés) pour préserver le capital nominal. – Assurances dépendance et solutions d’épargne dédiées aux soins. – Simulateurs de décaissement qui intègrent une inflation stochastique. – Règles d’allocation automatiques déclenchées par des niveaux d’inflation durables.
8) Priorités et calendrier Intégrez ces tests au plan financier et réévaluez-les régulièrement: révisions trimestrielles sont recommandées, avec un point particulier en mai où des ajustements de règles de décaissement et de réallocation pourront être envisagés. À la préparation initiale de l’épargne et lors des bilans annuels (prochaine échéance annoncée: février ), revoyez vos hypothèses d’inflation, vos scénarios de santé et vos marges de sécurité.
En bref Penser la retraite en termes nominaux mène souvent à des surprises désagréables. Mesurer le rendement réel, distinguer l’inflation générale de celle qui frappe les postes critiques (santé, logement), et tester des scénarios robustes doivent devenir des réflexes. L’objectif: préserver le pouvoir d’achat, pas uniquement la valeur comptable du capital. Adaptez votre allocation, diversifiez et automatisez des règles de réaction pour tenir face à une inflation durable.
