Beaucoup d’épargnants redoutent les krachs et les fortes baisses de marché à l’approche de la retraite. Pourtant, la menace la plus insidieuse n’est pas toujours spectaculaire : c’est l’inflation. Elle ronge progressivement le pouvoir d’achat et transforme des montants fixes en revenus qui valent de moins en moins avec le temps.
Pourquoi la fameuse règle des 4 % peut montrer ses limites
La règle des 4 % — retirer 4 % du capital initial puis ajuster ce montant chaque année à l’inflation — séduit par sa simplicité. Mais elle repose sur des hypothèses historiques de rendement et d’inflation qui ne sont pas garanties. Si l’inflation dépasse les prévisions ou si les marchés connaissent une mauvaise séquence au début des décaissements, le capital peut fondre bien plus vite que prévu. En clair : une estimation trop optimiste des rendements ou des prix entraîne un risque réel d’épuisement du portefeuille.
Autre point souvent négligé : le rendement nominal d’un portefeuille peut sembler correct alors que son rendement réel — après déduction de l’inflation, des impôts et des prélèvements sociaux — est insuffisant pour maintenir le niveau de vie. Un rendement affiché de 3 % devient peu satisfaisant si l’inflation est à 2 % et que la fiscalité grignote encore le reste.
Trois profils pour bien cibler les stratégies
Avant d’aborder les réponses possibles, gardons en tête trois situations courantes :
– Le retraité vivant uniquement de son capital et d’un patrimoine financier.
– Un couple qui perçoit des pensions partiellement indexées.
– Un futur retraité, encore en phase d’épargne, qui prépare sa sortie du marché du travail.
Chacun de ces profils nécessite une approche différente en matière d’allocation, d’horizon et de tolérance au risque.
L’inflation : une érosion discrète mais puissante
Contrairement aux chocs boursiers qui font la une, l’inflation avance lentement. Elle ne déclenche pas d’alerte immédiate, mais au fil des années, elle réduit le pouvoir d’achat : ce que 1 000 € achetait hier devient plus cher demain. Pour un retraité qui maintient des retraits nominaux fixes, cela se traduit par une baisse silencieuse du niveau de vie. À l’inverse, indexer systématiquement les retraits sur l’inflation protège le pouvoir d’achat à court terme mais exige que le portefeuille génère un rendement réel suffisante pour compenser cette indexation ; sinon, l’érosion du capital s’accélère.
Interaction dangereuse entre inflation et mauvaise séquence de rendements
La combinaison d’une inflation soutenue et d’une mauvaise séquence de rendements (fortes baisses au début des décaissements) est particulièrement dangereuse : l’indexation augmente les montants retirés juste quand le capital a le plus besoin de se reconstituer après des pertes. Voilà pourquoi il faut simuler plusieurs scénarios et pas seulement un scénario « médian » : des hausses de prix durables de deux points seulement peuvent raccourcir la durée de vie d’un portefeuille de plusieurs années selon certaines simulations.
Mesures pratiques pour limiter les risques
Quelques pistes concrètes, adaptables selon le profil :
– Diversifier les sources de revenu : pensions publiques et privées, rentes indexées (totalement ou partiellement), loyers, dividendes. Multiplier les flux réduit la dépendance à une seule variable.
– Intégrer des instruments protégés contre l’inflation : obligations indexées (OTI/ TIPS selon les marchés), rentes indexées ou mécanismes de partage d’inflation, actifs réels comme l’immobilier ou les infrastructures.
– Conserver une poche d’actions pour préserver la croissance réelle : les actions restent l’un des moyens les plus efficaces pour générer un rendement au-delà de l’inflation sur longue période.
– Prévoir une réserve de liquidités : un coussin de trésorerie permet de lisser les sorties lors d’un choc de marché, évitant de vendre au plus bas.
– Mettre en place des règles d’ajustement souples : plafonner l’indexation certains exercices, introduire des tranches variables de retrait, ou réduire temporairement les retraits en cas de scénario défavorable.
– Simuler régulièrement plusieurs trajectoires (scénarios optimiste, central, défavorable) et réviser l’allocation au minimum une fois par an.
Exemple concret : retraits fixes vs retraits indexés
Imaginez deux personnes avec le même capital. La première retire chaque année le même montant en euros : son pouvoir d’achat diminue au fil du temps, mais son capital s’épuise plus lentement. La seconde indexe ses retraits sur l’inflation : son niveau de vie reste stable au départ, mais si le portefeuille ne produit pas un rendement réel suffisant, l’indexation accélère la baisse du capital. Il n’y a pas de solution universelle : c’est un arbitrage entre préservation du niveau de vie et longévité du patrimoine.
Responsabilité des professionnels et transparence
Pour les conseillers et gestionnaires, l’exigence est double : modéliser plusieurs trajectoires plausibles et documenter clairement les hypothèses retenues. Une communication transparente — distinguer rendement nominal et rendement réel, expliquer l’impact de la fiscalité — aide le client à comprendre les risques et à choisir des règles de retrait adaptées.
Pourquoi la fameuse règle des 4 % peut montrer ses limites
La règle des 4 % — retirer 4 % du capital initial puis ajuster ce montant chaque année à l’inflation — séduit par sa simplicité. Mais elle repose sur des hypothèses historiques de rendement et d’inflation qui ne sont pas garanties. Si l’inflation dépasse les prévisions ou si les marchés connaissent une mauvaise séquence au début des décaissements, le capital peut fondre bien plus vite que prévu. En clair : une estimation trop optimiste des rendements ou des prix entraîne un risque réel d’épuisement du portefeuille.0
