Au cours des dernières années, Stockholm s’est imposée comme l’un des principaux centres de levée de fonds en Europe. La ville est désormais reconnue comme la « nouvelle capitale du capital » sur le continent, grâce à une augmentation significative des introductions en bourse (IPO), à une activité soutenue en capital-investissement et à une demande croissante de dettes d’entreprise. Mais qu’est-ce qui rend ce phénomène durable ?
Après avoir passé plus d’une décennie à interagir avec la communauté d’investissement suédoise, il m’est apparu essentiel d’explorer les éléments sous-jacents qui contribuent à cette dynamique. Les échanges avec des acteurs locaux m’ont révélé que le succès de Stockholm repose sur un écosystème solide, influencé par une culture d’investissement forte et des institutions favorables.
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Les fondations d’une culture d’investissement solide
Une des pierres angulaires de la culture d’investissement suédoise est l’Allemansfonden, ou le « fonds de tout le monde », lancé dans les années 1980. Ce programme, soutenu par l’État, a été révolutionnaire en offrant des incitations fiscales aux investisseurs, ce qui a entraîné une forte participation au marché boursier, plaçant la Suède en tête des pays avec des taux élevés d’investissement en fonds communs, comparable à ceux des États-Unis.
Selon Sofia Beckman, directrice des opérations chez Nordnet Fonder, « 70 % des Suédois investissent dans des fonds via leurs comptes privés, bénéficiant de frais de fonds indiciels extrêmement bas, généralement entre 20 et 30 points de base. De plus, le système de pension obligatoire renforce encore cette tendance à l’investissement. »
Une approche à long terme
Ce qui distingue également la Suède est son engagement envers la planification financière à long terme. Beckman souligne que cette culture d’investissement est marquée par une préférence pour des produits d’investissement à faible coût et à faible volatilité. Julia Axelsson, gestionnaire de portefeuille à Swedbank Rubor, ajoute que les émissions constantes d’obligations d’entreprise sont facilement absorbées par les investisseurs institutionnels locaux, ce qui crée une liquidité constante et rend le processus de levée de fonds plus efficient.
Les influences culturelles et sociales
Un autre aspect marquant de la réussite des marchés de capitaux en Suède est son ouverture internationale. Axelsson note que cette volonté d’adopter les meilleures pratiques mondiales est essentielle pour le développement des marchés locaux. De plus, la société suédoise a évolué vers une plus grande égalité depuis les années 1960, ce qui est particulièrement visible dans le domaine professionnel. Les femmes, par exemple, sont encouragées à poursuivre leurs carrières tout en partageant les responsabilités parentales, renforçant ainsi leur rôle dans l’écosystème d’investissement.
Aline Reichenberg Gustafsson, CFA, souligne que la Suède a cultivé un esprit entrepreneurial unique, favorisé par un taux d’imposition des sociétés de 20,6 %, l’un des plus bas d’Europe de l’Ouest. Ce climat fiscal encourage les investissements, car les propriétaires de capital bénéficient de structures fiscales avantageuses, notamment l’absence de droits de succession ou de donation.
Une vision holistique de l’investissement
Un autre élément intéressant est l’approche innovante de l’éducation économique en Suède. La Stockholm School of Economics propose un cours sur le bien-être, soulignant que le succès économique ne se mesure pas uniquement par les résultats financiers, mais aussi par le bien-être des citoyens. Angelica Lips da Cruz, PDG d’INNORBIS, fait écho à cette idée en affirmant que « le bien-être est un facteur déterminant dans l’économie ».
Vers une dynamique d’investissement inclusive
Enfin, la dynamique d’investissement à Stockholm est également influencée par la présence croissante de femmes dans le secteur. Des réseaux comme RadCap Ventures et Feminvest encouragent la participation féminine dans le domaine de l’investissement. KvinnoKapital, un groupe de réseautage pour femmes, permet aux professionnelles de se rencontrer, d’échanger des expériences et de promouvoir la place des femmes dans la gestion d’actifs.
Bien que les données manquent pour établir un lien direct entre cette représentation et l’essor des IPO, il semble évident que la culture d’investissement, les normes sociales et un système de soutien contribuent à faire de la Suède un terrain fertile pour le développement des talents. Selon Maria Lindbom, spécialiste du recrutement dans le secteur financier, l’écosystème suédois favorise des pools de talents diversifiés, ce qui enrichit le marché des capitaux.
En conclusion, pour les villes ou pays cherchant à reproduire le succès de Stockholm, il est crucial de construire une culture d’investissement solide, de concevoir des institutions qui encouragent la participation à long terme et d’intégrer une vision économique qui dépasse les résultats à court terme. La force des marchés de capitaux est souvent le reflet des systèmes qui les soutiennent.
