Beaucoup d’investisseurs ont reçu récemment un courrier de leur société de gestion indiquant que leur fonds S&P 500 ou leur fonds total stock market n’est plus considéré comme diversifié. À l’échelle du portefeuille, diversifié signifie que la chute d’un titre ou de quelques titres ne fait pas basculer durablement votre patrimoine. Or la notion réglementaire ne coïncide pas toujours avec l’impression que donnent des milliers de lignes : un fonds indiciel peut contenir des milliers de positions tout en restant, juridiquement, non diversifié.
La raison tient à une définition ancienne mais contraignante : l’Investment Company Act de 1940 impose la règle dite 75-5-10, un guide technique qui fixe des limites précises. Concrètement, pour être qualifié de diversifié au sens de la loi, un fonds doit respecter des pourcentages et des plafonds d’exposition par émetteur. Si un petit groupe de titres concentre une part importante des actifs, le fonds perd cette qualification et la société doit vous en avertir, même si la stratégie reste d’indexer le marché.
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Pourquoi les fonds indiciels reçoivent ces avis?
Le phénomène actuel provient de la montée spectaculaire de quelques valeurs de très grande capitalisation — souvent qualifiées de Magnificent 7 — qui représentent une part disproportionnée de la capitalisation totale. Par exemple, selon Morningstar au 19 mars 2026, le fonds VTSAX avait ses dix premières positions représentant 31,9 % de la valeur totale, et trois titres dépassaient 4 % chacun. À partir d’un certain seuil de concentration, un fonds peut choisir de suivre fidèlement l’indice, tout en informant ses porteurs que, légalement, il n’est plus diversifié. Les gestionnaires préfèrent souvent la fidélité au mandat d’indexation plutôt que de modifier la composition pour conserver un label juridique.
La concentration est-elle historique?
Plusieurs mesures graphiques confirment que la part des plus grosses capitalisations dans l’indice a atteint des niveaux rarement observés. Selon diverses présentations visuelles et analyses, la concentration des actifs dans les premiers rangs a augmenté régulièrement ces dernières années, et nombre de courbes s’arrêtent après 2026 ou 2026, sans refléter l’aggravation la plus récente. Le constat est net : quelle que soit la métrique retenue, le marché américain est aujourd’hui plus dominé par ses leaders qu’il ne l’a été sur de longues périodes.
Valeurs et bénéfices concentrés
Ce n’est pas seulement une question de valorisations : les bénéfices eux-mêmes sont concentrés. Des analyses comme celles reprises par des banques d’investissement montrent que les dix premières entreprises réalisent environ un quart des bénéfices totaux des sociétés cotées américaines. Autrement dit, la domination porte à la fois sur la capitalisation et sur les résultats opérationnels, ce qui peut prolonger la trajectoire haussière de ces titres ou atténuer la correction attendue après des phases similaires du passé.
Que faire en tant qu’investisseur?
Il n’existe pas de réponse universelle, mais quelques principes pratiques. D’abord, reconnaître la différence entre diversification légale et diversification effective : posséder 3 500 lignes ne garantit pas l’immunité face à la concentration des top caps. Beaucoup d’investisseurs optent pour une répartition géographique et factorielle : par exemple, augmenter la part d’actions internationales, ou allouer une portion à des fonds « small value » pour compenser l’exposition aux grandes valeurs de croissance. Certains investisseurs pratiquent un « tilt » intentionnel vers les valeurs de petite capitalisation et la valeur, ce qui réduit l’impact des méga-cap sur la performance globale.
Avantages, inconvénients et règles simples
Ce type d’ajustement comporte des coûts : une tilt vers les petites valeurs et la valeur a pénalisé de nombreux portefeuilles durant la longue période d’outperformance des grandes valeurs de croissance. Historiquement toutefois, après des pics de concentration, les petites et les valeurs sous-performantes ont parfois surperformé les grandes pendant plusieurs années — des écarts annuels de l’ordre de 4 % à 10 % sur des horizons de 3 à 10 ans ont été observés. La difficulté reste de prévoir le moment du retournement. En pratique, conservez une allocation cohérente, rééquilibrez périodiquement, diversifiez géographiquement et évitez les réactions impulsives aux notifications réglementaires.
Au final, votre fonds indiciel peut contenir des milliers de titres tout en n’étant pas diversifié au sens juridique ou économique. Plutôt que de céder à la panique, examinez votre allocation, comprenez les risques de concentration et décidez d’ajuster votre exposition selon vos objectifs, votre horizon et votre tolérance au risque. Et vous, cela vous inquiète-t-il ? Avez-vous déjà modifié votre allocation à cause de cette concentration ?
