Un praticien qui perçoit 500 000 $ de salaire annuel peut être tenté d’investir dans l’immobilier pour diversifier ses revenus. L’achat d’un condo destiné à la location courte durée à hauteur de 500 000 $ semble alors une excellente idée, à condition de connaître les leviers fiscaux qui transforment un simple bien locatif en source d’économie d’impôt substantielle.
Le mécanisme appelé cost segregation permet de reclasser le coût d’acquisition en catégories à durée de récupération plus courte (5, 7 ou 15 ans). Cette reclassification ouvre la porte à la dépréciation accélérée et, en combinaison avec les règles de l’IRS, peut réduire la facture fiscale fédérale de plusieurs dizaines de milliers de dollars dès la première année. Cependant, ces avantages n’apparaissent que si le contribuable dépasse l’un des deux seuils prévus par la loi.
Le piège des pertes passives pour les médecins
L’IRS considère par défaut les revenus et pertes provenant de la location immobilière comme une activité passive. Les pertes ainsi générées ne peuvent compenser que des revenus passifs, alors que le salaire d’un médecin est un revenu actif. En pratique, une perte locative de 13 000 $ issue d’un bien classique reste bloquée dans le formulaire fiscal et ne touche pas le salaire. Cette perte est alors suspendue, reportée indéfiniment jusqu’à ce que le contribuable obtienne des revenus passifs suffisants, vende le bien ou remplisse l’une des deux conditions d’exception.
Sans ces exceptions, une étude de cost segregation qui pourrait produire 100 000 à 150 000 $ d’amortissement en année 1 n’a aucun impact sur la trésorerie du médecin : le montant reste « sur le papier », attendant un futur événement déclencheur. C’est la raison principale pour laquelle de nombreux médecins voient leurs économies potentielles s’évaporer.
Deux chemins pour rendre la perte active
Location courte durée avec participation matérielle (le « lower bar »)
Lorsque les deux conjoints exercent à temps plein comme cliniciens, le statut de professionnel immobilier (REPS) est pratiquement inaccessible, car il exige plus de 750 h annuelles consacrées aux activités immobilières et un dépassement du temps passé dans tout autre emploi. La solution consiste alors à exploiter la règle de la location courte durée : la durée moyenne de séjour doit être de sept jours ou moins. Si le bien est loué, par exemple, deux fois 14 jours et dix fois 5 jours, la moyenne (6,7 jours) satisfait le critère.
Dans ce contexte, le contribuable est soumis aux tests classiques de participation matérielle. Le plus réaliste pour un médecin est le test des 100 heures où il doit avoir passé plus d’heures que toute autre personne (gestionnaire, concierge, etc.). Une documentation rigoureuse – journaux datés, relevés de réservation, factures de nettoyage – est indispensable. Si le seuil est atteint, les pertes de la location courte durée sont considérées comme actives et peuvent donc être imputées directement sur le revenu salarial.
Statut de professionnel immobilier (REPS) – le « higher bar »
Le REPS transforme toutes les pertes locatives, qu’elles proviennent de locations longues ou courtes, en pertes actives. Les conditions sont doubles : plus de 750 h annuelles consacrées à des activités immobilières où le contribuable participe matériellement, et ces heures doivent dépasser celles passées dans tout autre emploi. Le critère s’applique à chaque époux séparément, ce qui signifie qu’un conjoint qui est agent immobilier, investisseur à plein temps ou même « spouse-manager » peut satisfaire aux exigences, tandis que le médecin continue son exercice.
Une fois le REPS obtenu, il est possible d’agréger plusieurs biens en une seule activité afin de faciliter le test de participation matérielle. Ainsi, un portefeuille composé d’un duplex, d’un immeuble de cinq unités ou d’un condo peut être géré sous le même régime, élargissant considérablement les options d’investissement tout en conservant la capacité d’imputer les pertes sur le revenu actif.
Exemple chiffré d’une étude de cost segregation et réponses aux questions fréquentes
Supposons qu’un couple de médecins acquière en 2026 un condo de 500 000 $ et remplisse l’une des deux conditions précédentes. La terre représente généralement 20 % du prix d’achat, soit 100 000 $, non amortissable. Les 400 000 $ restants font l’objet de l’étude d’ingénierie. En moyenne, 25 % de ce montant (100 000 $) est reclassé en biens de 5, 7 ou 15 ans, éligibles à la dépréciation bonifiée à 100 % grâce au One Big Beautiful Bill Act. Ce montant est donc déduit intégralement la première année.
Le solde de 300 000 $ reste amorti sur 27,5 ans (location longue) ou 39 ans (location courte selon la classification). La dépréciation de première année pour cette partie se situe entre 8 000 $ et 11 000 $. Au total, le médecin obtient environ 110 000 $ de dépréciation en année 1. Avec un taux marginal fédéral de 37 %, cela représente une économie de 40 000 $ à 48 000 $; en ajoutant l’impôt d’État dans un État à forte fiscalité, le gain net grimpe à 55 000 $-65 000 $.
Dans le cas d’un condo où le terrain est négligeable, la totalité du prix (500 000 $) est amortissable. Un taux de reclassification de 30 % produit alors 150 000 $ de dépréciation bonifiée, portant les économies fédérales à plus de 55 000 $ et, avec les impôts d’État, jusqu’à 120 000 $ en première année. Le coût d’une étude de cost segregation (2 000 $-5 000 $) se rembourse largement dès la première déclaration.
FAQ rapides : Les condos offrent les meilleurs ratios car le terrain est minimal. L’étude est reconnue par l’IRS depuis l’affaire HCA de 1997 et figurait dans le Guide d’Audit Techniques mis à jour en 2025. Les travaux de rénovation réalisés après l’achat sont traités séparément et peuvent générer une nouvelle dépréciation accélérée. Une étude rétroactive est possible grâce au formulaire 3115, qui crée une déduction de rattrapage sans amendement des déclarations antérieures.
Si le médecin ou son conjoint parvient à satisfaire soit le critère de participation matérielle en location courte durée, soit le statut de professionnel immobilier, le cost segregation se transforme d’une simple technique comptable en un levier d’économie d’impôt de plusieurs dizaines de milliers de dollars dès la première année.



