Les plans à cotisations définies sont au cœur de l’épargne-retraite américaine et la composition des menus core évolue rapidement. Les choix faits par les sponsors et les fournisseurs — qu’il s’agisse de ce qui est proposé comme option non par défaut ou de la structure des investissements par défaut — façonnent les profils de risque et de rendement pour des dizaines de millions de participants. Cette synthèse identifie cinq dynamiques principales qui expliquent pourquoi les allocations observées diffèrent aujourd’hui de celles d’il y a dix ans.
L’analyse s’appuie sur une décennie de données et sur des synthèses de marché publiées par des instituts spécialisés. Nous utilisons le terme fonds à date cible pour désigner les véhicules qui ajustent progressivement la mixité d’actifs au fil du temps, et menus core pour qualifier l’ensemble des options d’investissement offertes par défaut ou en choix libre aux participants. Ces précisions aideront à comprendre les implications pour les offres non par défaut et pour la construction de portefeuille.
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La montée rapide des fonds à date cible
Les fonds à date cible se sont imposés comme l’option par défaut dominante au sein des DC, captant une part majeure des encours. Aujourd’hui, ces véhicules représentent plusieurs milliers de milliards de dollars d’actifs — plus de 4 000 milliards $ selon différentes estimations, et Morningstar a mesuré une progression notable en 2026. Les projections de marché indiquent que les TDF pourraient représenter environ 40 % des actifs DC actuellement et croître encore, potentiellement au-delà de 50 % d’ici 2030. Ce mouvement vers les TDFs transforme la manière dont les autres fonds du menu core reçoivent des flux et des allocations d’actifs.
Conséquences pour les options hors défaut
Avec la centralisation des flux dans les TDF, les actifs détenus dans les options non par défaut (actions, fonds équilibrés, comptes gérés) peuvent voir leur poids relatif diminuer ou stagner, sauf si le marché global s’élargit. Des études de marché, dont des prévisions de Cerulli, suggèrent qu’une croissance des encours DC — de l’ordre des projections jusqu’en 2030 — pourrait compenser ce transfert vers les TDF et maintenir ou augmenter les actifs disponibles dans les menus core, surtout si les structures comme les managed accounts et autres mécanismes basés sur le menu se développent.
Prépondérance des actions large-cap US et basculement vers la croissance
Parmi les options non par défaut, les actions US large-cap dominent nettement. Les menus proposent beaucoup plus d’expositions aux grandes capitalisations américaines qu’aux segments mid ou small cap, et cet écart s’est accentué avec les performances relatives de ces titres. Par ailleurs, une inclinaison vers le style growth est visible : bien que la disponibilité en fonds growth/value soit proche, les actifs alloués au growth dépassent largement ceux du value et ont progressé au cours de la dernière décennie. Cette préférence crée un risque de rotation de style si le marché favorise à nouveau la valeur.
Impacts pour la construction de portefeuille
La surreprésentation des grands noms US et la domination du style growth modifient le profil de corrélation et le comportement en période de stress. Pour les gestionnaires institutionnels, cela implique de réévaluer la profondeur des offres (par exemple l’ajout de small/mid caps ou d’expositions internationales) afin d’offrir des outils de diversification réellement efficaces aux participants ou aux mécanismes qui se servent du menu core.
Faible profondeur obligataire et rôle de la taille des plans
Alors que l’offre d’actions est souvent vaste (une douzaine d’options typiques), la palette obligataire demeure restreinte : en moyenne, un plan présente autour de 4 à 5 fonds obligataires, souvent limités à une option cash et deux fonds obligataires intermédiaires US. Cette faible diversification obligataire est problématique si davantage de participants choisissent de rester dans le plan pendant la retraite, période où une allocation plus prudente s’impose. Les sponsors devraient considérer l’élargissement des choix fixes pour mieux servir les horizons de retraités et de pré-retraités.
Pourquoi les grands plans offrent-ils moins de diversification ?
Il est paradoxal que les plus grands sponsors, qui disposent en théorie d’un meilleur accès à des véhicules alternatifs et à des structures institutionnelles, proposent parfois des menus plus « classiques ». Les raisons vont de la volonté de simplifier la gouvernance à la concentration sur des solutions à bas coût (collective trusts, conversions depuis des mutual funds). Toutefois, ce choix mérite d’être observé : l’évolution future de ces pratiques influencera la capacité des plans à offrir une diversification adaptée aux besoins démographiques changeants.
Recommandations pour gestionnaires et sponsors
En résumé, la combinaison de la croissance des TDF, de la concentration sur les actions large-cap US, de l’inclinaison vers le growth et de la profondeur limitée en obligations dessine un paysage où la disponibilité des options et les choix par défaut façonnent fortement l’allocation d’actifs. Les gestionnaires et sponsors gagneraient à revoir périodiquement leurs menus, à enrichir l’univers obligataire et à calibrer les defaults pour mieux répondre aux trajectoires de retraite réelles des participants.
