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6 juin 2026

Transition énergétique en Afrique : comment repenser la finance durable

L'Afrique, bien que responsable de seulement 3 % des émissions mondiales de CO₂, doit financer sa transition énergétique avec des règles définies ailleurs. Découvrez comment repenser la finance verte pour en faire un véritable levier de développement.

Transition énergétique en Afrique : comment repenser la finance durable

La finance durable en Afrique est-elle vraiment efficace pour transformer les économies du continent ? Derrière les concepts à la mode comme les critères ESG les obligations vertes et les fonds climat cette question cruciale doit guider nos décisions aujourd’hui.

Avec seulement 3 % des émissions mondiales de CO₂ mais 18 % de la population mondiale, l’Afrique se trouve dans une situation unique. Les pays du G20, responsables de près de 80 % des émissions, définissent souvent les règles que l’Afrique doit suivre pour sa transition écologique.

Les défis énergétiques de l’Afrique

Près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité, et plus de 900 millions utilisent des modes de cuisson polluants. Le déficit énergétique coûte entre 2 et 4 % du PIB à plusieurs économies africaines chaque année. Par exemple, l’Espagne produit davantage d’électricité que l’ensemble de l’Afrique subsaharienne hors Afrique du Sud.

La transition écologique en Afrique ne peut se réduire à une exigence environnementale. Elle est d’abord un enjeu de développement, d’accès à l’énergie, d’industrialisation et de souveraineté économique.

La finance verte: une vitrine ou un levier ?

Bien que la finance durable progresse sur le continent, elle reste partiellement déconnectée des réalités africaines. Les obligations vertes financent souvent des projets visibles comme les parcs solaires, mais rarement l’électrification rurale ou les infrastructures industrielles.

L’Afrique ne reçoit qu’environ 3 % des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables, malgré son potentiel solaire et ses réserves de minerais stratégiques. Sur les plus de 100 milliards de dollars promis annuellement pour le financement climatique mondial, le continent ne capte que 12 à 15 % des flux.

Les succès et les échecs

Le Maroc a réussi à structurer un financement cohérent pour le solaire avec le complexe Noor, représentant près de 580 MW de capacité installée. Le Kenya, quant à lui, a fait le pari de la géothermie, qui représente aujourd’hui entre 40 et 45 % de la production électrique nationale.

À l’inverse, le Nigeria, malgré plus de soixante ans d’exploitation pétrolière, reste confronté à un déficit énergétique chronique. Pour plus de 200 millions d’habitants, la capacité électrique effectivement disponible reste souvent inférieure à 5 000 MW.

Le cas Sénégal-Mauritanie: l’heure des choix

Le Sénégal et la Mauritanie entrent aujourd’hui dans une phase décisive avec l’exploitation gazière. Le projet GTA représente environ 2,5 millions de tonnes de GNL par an. La question est de savoir si ces ressources seront utilisées pour transformer les économies locales ou simplement pour alimenter un nouveau cycle d’exportation.

Deux trajectoires s’offrent à ces pays: une trajectoire extractive, qui a déjà montré ses limites, ou une trajectoire transformative, qui passe par le financement des infrastructures énergétiques, le soutien à l’industrialisation et le développement des compétences locales.

Vers une souveraineté financière de la transition

Pour dépasser la simple notion de finance durable, il est essentiel d’introduire celle de souveraineté financière de la transition. Cette approche repose sur trois piliers: orienter les financements vers l’économie réelle, adapter les instruments financiers aux réalités du continent et renforcer les partenariats public-privé.

Cela nécessite une approche cohérente et adaptée aux besoins spécifiques du continent, afin de transformer les économies africaines et de garantir une transition énergétique équitable et durable.