Beaucoup de retraités redoutent qu’une chute boursière au mauvais moment transforme des rêves de voyage en sacrifices contraints. Mon point de départ est simple : si le voyage compte pour vous, l’accumulation de points aériens avant la retraite peut jouer le rôle d’un coussin comportemental. Ici, je n’avance pas l’idée que les miles remplacent un portefeuille diversifié, mais plutôt qu’ils peuvent réduire la tentation de vendre des actifs au pire moment. Le concept repose à la fois sur une logique financière et sur la façon dont nous réagissons quand notre patrimoine plonge.
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Pourquoi le risque de séquence est critique
Le risque de séquence — souvent appelé risque de séquence des rendements — devient central lorsque vous retirez des fonds d’un portefeuille. Si les rendements sont faibles ou négatifs dans les premières années de la retraite, les retraits aggravent les pertes et limitent la capacité à profiter d’une reprise ultérieure. C’est la raison pour laquelle des stratégies comme la règle des 4%, les fonds cibles ou l’ajustement d’allocation existent : elles cherchent à réduire l’impact d’une mauvaise séquence. Mais la réponse technique ignore parfois la part psychologique : face à une baisse importante, beaucoup réduisent leurs dépenses par peur, même si la situation se corrigerait.
Le rôle du comportement
La différence entre une solution théorique et une solution pratique tient souvent à la réaction humaine. Vous pouvez mathématiquement tolérer un retrait de 4% après une chute, mais émotionnellement refuser de vendre. C’est ici qu’intervient l’idée d’un tampon non financier : des miles ou points permettent de continuer à voyager sans toucher au portefeuille. Ainsi, on adresse non seulement le risque financier mais aussi la propension à modifier ses habitudes de consommation quand les marchés sont mauvais.
Accumuler des miles comme tampon
Plutôt que d’utiliser systématiquement vos points pendant vos années actives, vous pouvez les conserver dans les dernières années avant la retraite pour les convertir en voyages lorsque vous n’avez plus de salaire. C’est comparable à une stratégie de time-segmentation ou à la constitution d’une « tente d’obligations » : vous mettez de côté un type d’actif non corrélé au marché boursier pour couvrir une dépense prévue. Dans notre cas, ma famille a accumulé environ 1 000 000 de miles Delta et 250 000 points Chase en payant la plupart des vols avec une carte Delta Platinum, préférant parfois la simplicité à l’efficacité maximale des conversions.
Un exemple chiffré
Pour illustrer : un billet vers l’Écosse est listé à $1 100 ou 82 000 miles + $191 de frais. En choisissant de dépenser des miles, on évite de retirer $909 du portefeuille. Si on place ces $909 cinq ans avant la retraite et qu’on suppose un rendement réel moyen de 6% (9% nominal – 3% inflation), cette somme pourrait atteindre environ $1 220. En revanche, si le marché recule de 10% juste avant l’achat, la valeur serait proche de $1 035, et vendre pour financer le voyage reviendrait à cristalliser une perte. Utiliser des miles évite cette décision douloureuse.
Limites pratiques et conseils
Cette méthode n’est pas sans inconvénients : les points ne sont pas des actifs garantis et les compagnies aériennes peuvent dévaluer les programmes. Il est donc dangereux de considérer les miles comme équivalents à des liquidités. De plus, accumuler au détriment d’une optimisation stricte peut coûter en rendement : parfois il aurait été plus efficace de convertir les points plus tôt pour maximiser leur valeur. Enfin, cette stratégie est surtout pertinente dans la fenêtre temporelle proche de la retraite et durant les premières années de celle-ci ; garder des miles pendant vingt ans augmente le risque de dévaluation.
Pour qui et comment l’appliquer
Si le voyage représente une part importante de vos dépenses (par exemple, 20 % du budget annuel dans notre foyer) et que vous souhaitez préserver l’usage des placements en cas de baisse, ce mécanisme peut être utile. Accumulez méthodiquement via une carte de crédit liée à une compagnie préférée, mais diversifiez vos options (points transférables, programme d’alliance) pour limiter le risque de perte de valeur. Enfin, gardez une réserve en cash pour urgences et évitez de compter exclusivement sur les miles pour résoudre un déficit important de taux de retrait.
En conclusion, utiliser des points aériens comme filet comportemental ne remplace pas une planification financière rigoureuse, mais c’est une astuce pragmatique si vous tenez à voyager en début de retraite. Nous avons appliqué cette logique avant et après notre déménagement en Nouvelle-Zélande en 2026 pour préserver les liens et les déplacements transocéaniques sans exiger des ventes d’actifs au pire moment. À chacun d’évaluer si cet équilibre entre flexibilité émotionnelle et risques pratiques lui convient.
