Face à une flambée record du diesel – 2,24 €/litre fin septembre dans l’UE – et à une hausse de l’inflation à 3,8 % dans la zone euro, Washington a exercé une forte pression sur Bruxelles. La menace d’interdire les exportations de carburant vers l’Union européenne a été formulée comme un levier de négociation, une mesure qui, selon la porte-parole de la Commission européenne Anna-Kaisa Itkonen, « porterait atteinte à notre confiance dans les Etats-Unis en tant que partenaire fiable ».
Pression américaine et réponse de l’UE
Le gouvernement des États-Unis a demandé aux pays européens de puiser rapidement dans leurs stocks stratégiques de gazole sous peine d’instaurer un embargo. Dans la nuit du jeudi au vendredi, le président français Emmanuel Macron a eu un entretien téléphonique avec Donald Trump pour désamorcer la situation. « Nous rejetons pleinement tout embargo sur le diesel », a réaffirmé la Commission, soulignant que 50 % du gazole importé par les Vingt-Sept provenait des États-Unis.
Le G7 agit sous la coordination de l’AIE
Le vendredi 2 octobre, lors d’une visioconférence du G7 présidée par la France, les dirigeants ont acté la libération coordonnée de jusqu’à 100 millions de barils de diesel et de brut sur les quatre mois à venir. La mise à disposition devra commencer dans les 20 jours qui suivent la décision, avec la perspective d’ajouter des volumes supplémentaires « immédiatement », selon le ministre américain des Finances Scott Bessent, qui a souligné que les partenaires européens devaient accélérer leurs engagements antérieurs. Emmanuel Macron a précisé: « Nous avons acté qu’il n’y aurait pas de limitation, d’interdiction d’export entre les membres du G7 », rappelant l’importance d’une action collective sans restriction.
Effets attendus sur les marchés mondiaux
Le plan du G7 s’inscrit dans le cadre plus large d’une promesse faite en mars, où les membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) y compris les États membres de l’UE, s’étaient engagés à libérer progressivement 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques. Tous n’ont pas encore été mis sur le marché, mais la nouvelle mobilisation vise à atténuer la pénurie de diesel déclenchée par le blocage d’Ormuz et les tensions en Ukraine. Aux États-Unis, le prix du diesel a atteint 6,53 $ le gallon, tandis que l’Europe lutte contre un doublement des coûts depuis fin février.
Perspectives et enjeux politiques
En plus de la composante économique, la crise du diesel revêt une dimension politique. L’échéance de 20 jours coïncide avec la campagne de mi-mandat américaine prévue début novembre, ce qui a renforcé le caractère pressant de la proposition de Washington. Malgré la menace d’embargo, le président Trump a affirmé sur son réseau Truth Social que « l’Europe vient d’accepter de mettre sur le marché une quantité massive de son gazole stocké », précisant que le processus était lancé immédiatement. Le G7, tout en évitant toute restriction d’export, a également appelé les raffineries à travailler à plein régime et à harmoniser leurs calendriers de maintenance afin de garantir une offre stable.



