La Fondation de l’islam de France créée en 2016 pour promouvoir un islam humaniste et républicain, a officiellement perdu son statut d’utilité publique. Cette décision, annoncée par un décret gouvernemental publié au Journal officiel le 13 août, marque la fin d’une structure conçue pour ancrer un islam de France dans les valeurs républicaines.
Cette dissolution relance le débat sur l’organisation institutionnelle de la communauté musulmane en France et soulève des questions sur les engagements financiers de l’État envers cette institution.
Un manque de financement chronique
Dirigée depuis 2018 par l’islamologue Ghaleb Bencheikh la Fondation ne disposait plus que de 40 000 euros en caisse, soit l’équivalent d’un mois de fonctionnement. Ce manque de financement a été déterminant dans la décision de retirer son statut d’utilité publique, qui lui garantissait une dotation minimale de 1,5 million d’euros et la présence de l’État à son conseil d’administration.
Ghaleb Bencheikh avait alerté dès février 2026 sur le risque de disparition de la Fondation par manque de financement. Malgré les appels à la générosité publique pour finir quelques projets, les fonds récoltés n’ont pas été suffisants pour assurer sa pérennité.
Les promesses non tenues de l’État
Kamel Kabtane secrétaire général de la Fondation, recteur de la Grande Mosquée de Lyon et président de l’Institut français de civilisation musulmane, dénonce l’échec des promesses républicaines. Dans un communiqué diffusé le 13 août, il refuse que les difficultés de la Fondation soient uniquement présentées comme une incapacité à réunir les ressources nécessaires à sa survie.
Il revient notamment sur l’annonce d’Emmanuel Macron en octobre 2026, qui avait promis la mobilisation de 10 millions d’euros pour soutenir les initiatives de la Fondation. Or, cette somme n’est toujours pas parvenue aux intéressés. Kamel Kabtane interroge: « Comment peut-on annoncer solennellement le soutien de l’État à une institution, la laisser progressivement privée des moyens nécessaires à l’accomplissement de sa mission, puis constater son incapacité à poursuivre son objet ? »
Il réclame désormais à l’État « toute la transparence sur les engagements pris envers la Fondation de l’islam de France », en particulier sur la nature des financements annoncés en 2026, leur éventuelle mobilisation et les raisons pour lesquelles ils n’ont pas permis de pérenniser l’institution.
Une occasion manquée pour la République
Créée comme une structure culturelle et laïque, la Fondation avait pour vocation de développer la connaissance de l’islam, la recherche, l’éducation, la formation universitaire et l’accès aux cultures et civilisations de l’Islam. Kamel Kabtane met en avant les formations universitaires, bourses, travaux de recherche, conférences et projets culturels menés pendant près de dix ans.
Il voit dans la disparition de la Fondation une contradiction avec les objectifs affichés par les pouvoirs publics en matière de lutte contre les radicalités et les ingérences étrangères. « On ne peut pas demander constamment aux musulmans de France de construire des institutions solides, transparentes, françaises et pleinement inscrites dans le cadre républicain, tout en laissant dépérir celles qui répondent précisément à ces exigences », estime-t-il.
Pour lui, c’est une occasion manquée pour la République, appelant plus largement à clarifier la politique française à l’égard de l’islam et des citoyens musulmans. Il plaide pour une stratégie de long terme fondée sur « la confiance, la responsabilité, la connaissance, la formation et le soutien aux initiatives ».
« Nous refusons que la disparition annoncée de la Fondation de l’islam de France se résume à quelques lignes au Journal officiel. La République doit aussi rendre compte de ses promesses », conclut Kamel Kabtane.



