Investir dans les obligations peut sembler plus ardu que d’acheter des actions, mais le créateur de WCI, Jim Dahle, estime que seuls trois leviers sont réellement réglables : la durée (et le risque de taux), le risque de crédit et l’éventualité d’une indexation à l’inflation. Il privilégie une approche prudente, en se concentrant sur des titres du Trésor ou des obligations municipales à moyen terme, dont la moitié sont indexées sur l’inflation. Cette vision simplifiée aide les investisseurs à ne pas se perdre parmi les multiples formes de rendement qui circulent dans la littérature financière.
Rendement vs. rendement total
Le premier piège consiste à confondre le rendement (ou yield) avec le rendement total. Le rendement désigne le revenu périodique que le titre verse : intérêts pour une obligation, dividendes pour une action ou loyers pour un bien immobilier. En revanche, le rendement total englobe également les plus-ou-moins values du capital, les réinvestissements et les frais associés. Pour les obligations, la majeure partie du rendement total provient bien du revenu courant, mais les variations de prix peuvent modifier l’équation, surtout en période de forte volatilité des taux.
Obligations individuelles ou fonds obligataires ?
Posséder directement une obligation donne la certitude du paiement à l’échéance, à condition que l’émetteur ne fasse défaut. En revanche, les fonds obligataires offrent liquidité et simplicité : un seul achat donne accès à une panier diversifié, et le portefeuille est géré professionnellement. Jim Dahle a expérimenté les deux approches, mais il souligne que, à long terme, le résultat économique reste comparable, car le fond possède les mêmes titres que l’on aurait achetés soi-même. La décision dépend davantage de la préférence pour la gestion active versus la commodité.
Les principaux rendements obligataires
Coupon (rendement nominal)
Le coupon représente le taux d’intérêt fixé à l’émission. Autrefois matérialisé par des coupons détachables, il reste aujourd’hui la référence du rendement nominal. Un titre émis à 4 % en octobre 2025 affichera toujours ce taux, qu’il soit acheté à la parité ou non.
Rendement actuel (current yield)
Le rendement actuel se calcule en divisant le total des intérêts annuels par le prix du marché. Si les taux d’intérêt grimpent, le prix de l’obligation chute, ce qui fait augmenter le rendement actuel. Inversement, une baisse des taux fait augmenter la valorisation et réduire le rendement actuel. Cette mesure reflète le revenu que l’investisseur touche s’il conserve le titre à ce niveau de prix.
Rendement à l’échéance (YTM)
Le rendement à l’échéance, ou Yield to Maturity (YTM), estime le taux de retour annuel si l’obligation est détenue jusqu’à sa date de remboursement. Le calcul intègre le coupon, le prix actuel, la valeur nominale et la durée résiduelle, ainsi que l’hypothèse d’un ré investissement des coupons. Les logiciels financiers ou les fonctions de tableur résolvent l’équation polynomiale sous-jacente.
Rendement à l’appel et rendement au pire
Certaines obligations sont callables : l’émetteur peut les rembourser avant l’échéance, généralement quand les taux baissent. Le Yield to Call (YTC) mesure le rendement jusqu’à la première date d’appel, tandis que le Yield to Worst (YTW) retient le plus bas des rendements YTM ou YTC, offrant ainsi une évaluation prudente du risque de rappel.
Rendements des fonds obligataires : SEC yield et TTM yield
Les fonds mutuels sont tenus de publier le SEC yield, aussi appelé 30-day SEC yield. Cette mesure standardise le revenu net (intérêts et dividendes) perçu au cours des 30 derniers jours, y déduit les frais du fonds, puis annualise le résultat. Elle permet de comparer différents fonds, notamment les fonds du marché monétaire, avec le taux annuel en pourcentage (APY) d’un compte d’épargne à haut rendement. Par contraste, le TTM yield de Morningstar présente le rendement réellement payé sur les douze derniers mois, sans annualisation. Les deux indicateurs sont proches, mais il faut les utiliser de façon cohérente pour éviter les comparaisons erronées.
Impact fiscal : le rendement équivalent après impôt
Le rendement équivalent après impôt ajuste le revenu obligataire aux taux marginaux d’imposition de l’investisseur. Par exemple, un titre d’entreprise taxable offrant 4 % de rendement brut peut avoir un rendement net comparable à une obligation municipale exonérée d’impôt offrant 2,45 % si le contribuable se situe dans la tranche marginale la plus élevée. Des calculateurs en ligne, comme celui de Fidelity, aident à visualiser ces conversions. Plus la tranche d’imposition est élevée, plus les titres exonérés (munis ou du Trésor) deviennent attractifs. Cette analyse s’avère cruciale lors du choix d’un fonds monétaire (prime, Trésor ou municipal) ou d’une allocation entre obligations imposables et municipales.
Reconnaître la différence entre les multiples formes de rendement obligataire – coupon, actuel, YTM, YTC, YTW, réel (TIPS) et équivalent fiscal – permet de sélectionner les titres qui correspondent réellement à votre profil de risque et à votre situation fiscale. Jim Dahle préfère garder la majorité de ses placements dans des titres du Trésor ou municipaux, à moyen terme, avec une part substantielle indexée à l’inflation, afin de préserver le capital tout en capturant le pouvoir d’achat. Quelle que soit l’approche adoptée, l’essentiel est de rester cohérent dans le choix du rendement que vous suivez, afin de maintenir une comparaison « à pommes » et d’optimiser votre portefeuille sur le long terme.



