Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a annoncé la remise en marche d’un dispositif créé en 2017 pour financer les productions des plateformes sociales. Ce fonds, suspendu après la controverse autour d’une streameuse nommée Ultia, recevra désormais 6 millions d’euros chaque année. La décision intervient après une période de tensions, marquée par deux plaintes pour menaces de mort portées contre l’institution.
Une refonte structurelle et des montants revus à la hausse
Le nouveau cadre du fonds d’aide à la création prévoit d’accompagner aussi bien les jeunes talents que les professionnels déjà établis. Les bourses de départ passent à 10 000 euros, tandis que les aides plus importantes peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros – bien au-delà du plafond de 30 000 à 50 000 euros qui prévalait auparavant. Cette évolution répond à la multiplication des formats longs et à la hausse des budgets, sous l’influence grandissante de la télévision.
En 2025, le CNC a introduit une première vague de réformes en excluant les contenus d’information susceptibles de « dégrader vers du politique ». Deux collèges de sélection, et non plus une seule commission, ont été mis en place sous la direction de Maxime Boutron, conseiller d’État chargé d’élaborer des recommandations à partir de juillet dernier. L’objectif affiché est de spécialiser le fonds et de mieux gérer le volume de dossiers.
Critiques du secteur : des montants jugés « anecdotiques »
Malgré le doublement de l’enveloppe, de nombreux créateurs dénoncent une aide trop modeste. Roxane Tyrbas, porte-parole du collectif du 11 avril, insiste : « Ces montants sont anecdotiques », rappelant que le fonds de 6 M€ inclut l’enveloppe non dépensée de 2026 et les 3 M€ déjà prévus. Le collectif, rassemblant plus de 200 influenceurs, attendait une dotation de l’ordre de dix millions d’euros.
Le président du CNC, Gaëtan Bruel, répond : « Il s’agit bien d’un engagement à doter le fonds de 6 millions d’euros par an », en ajoutant que « Nous donnons à ce fonds une ambition qu’il n’a jamais eue ». Il promet que les créateurs pourront bientôt toucher des sommes comparables à celles accordées au cinéma, aux séries télévisées ou aux jeux vidéo.
Enjeux financiers et perspectives de financement
L’Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu (UMICC) réclame une allocation plus importante, estimée à une dizaine de millions d’euros. Sa déléguée générale, Bénédicte de Kersauson, qualifie la proposition actuelle de « mirage » en soulignant que la taxe TSV perçue par le CNC doublera sans que la creator economy en profite, alors même qu’elle génère près de 80 % des recettes du secteur via les collaborations marques-créateurs.
Dans un rapport produit par Maxime Boutron, la dépendance aux marques est décrite comme un frein à l’indépendance artistique. Il souligne que, pour la première fois, les diffuseurs ne préfinancent plus la création, laissant les créateurs supporter les risques alors que les plateformes tirent profit de leurs succès. Il propose une coopération entre pouvoirs publics et acteurs privés, notamment la mise en place d’un « guichet automatique » destiné à avancer la trésorerie des auteurs, dispositif encore en concertation avec les parties prenantes.
Pour les créateurs, l’enjeu reste de taille : obtenir un financement qui reflète la réelle valeur économique de leurs productions, tout en garantissant une diversité de sources de financement. Le débat se poursuit, et les prochains mois seront décisifs pour déterminer si le CNC saura réellement transformer son ambition en soutien concret.



