Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a officialisé ce jeudi 29 octobre le départ de sa présidente, Christine Lagarde, prévu pour le 7 février 2027. Cette décision, prise neuf mois avant la fin officielle de son mandat, oblige les instances européennes à envisager d’urgence la désignation de son successeur, alors que la campagne présidentielle française s’apprête à démarrer au printemps 2027.
Dans une courte vidéo publiée sur le réseau X, Lagarde a déclaré quitter l’institution « avec le sentiment du devoir accompli » et a assuré que la BCE était « prête pour l’avenir ». Le président du Conseil européen, António Costa, a salué son leadership et a souligné les bénéfices que l’Europe a tirés de son action pendant une période d’incertitudes multiples. Le président français Emmanuel Macron a rappelé l’« engagement européen » de Lagarde et a invité les partenaires à préparer la succession « de façon ordonnée et équilibrée ».
Un itinéraire hors du commun, de la classe juridique au sommet de la finance mondiale
Née au Havre dans une famille modeste d’enseignants, Christine Lagarde a d’abord envisagé une carrière juridique. Après des études de droit, elle a rejoint le cabinet d’avocats Baker & McKenzie, où elle est devenue la première femme à en présider l’ensemble mondial. En 2007, elle intègre le gouvernement français comme ministre de l’Économie sous Nicolas Sarkozy, poste qu’elle occupe jusqu’en 2011.
En 2011, après la crise de l’affaire Strauss-Kahn, elle est nommée directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Pendant huit ans, elle conduit l’institution à travers la sortie de la crise de la dette souveraine européenne et à la mise en place de programmes d’ajustement structurel. En novembre 2019, elle succède à Mario Draghi à la présidence de la BCE, malgré l’absence d’une formation d’économiste et d’une expérience directe en politique monétaire.
Défis majeurs rencontrés à la BCE et perspectives de succession
Les premiers mois de son mandat coïncident avec la pandémie de Covid-19. En mars 2020, Lagarde lance le programme d’achat d’urgence face à la pandémie (PEPP), qui mobilise jusqu’à 1 850 milliards d’euros d’actifs souverains et privés pour soutenir la liquidité de la zone euro. Deux ans plus tard, l’invasion de l’Ukraine fait grimper les prix de l’énergie, entraînant une inflation historique. Après des critiques pour une réaction jugée tardive, la BCE accélère la hausse des taux d’intérêt, portant le taux de dépôt de 0 à 4 % en un an.
Son style, oscillant entre les labels de « colombe » et de « faucon », se cristallise autour du symbole de la chouette, qu’elle porte en broche comme rappel de la sagesse et du compromis. Cette dualité a alimenté des débats au sein du Conseil des gouverneurs, où les partisans d’une politique monétaire stricte s’opposent à ceux prônant davantage de flexibilité.
Le départ anticipé ouvre la porte à une bataille politique pour la succession. Deux candidatures émergent clairement : Klaas Knot, ancien gouverneur de la Banque centrale néerlandaise, et Pablo Hernández de Cos, actuel président de la Banque des règlements internationaux. Le choix final sera le résultat d’une série de consultations entre les ministres des finances des États membres et le Conseil européen, dans un contexte où la stabilité des marchés obligataires et la maîtrise de l’inflation restent des priorités.
En dehors du cadre monétaire, Lagarde a indiqué qu’elle souhaite « avoir la liberté de parole » pour s’exprimer sur des sujets qui ne relèvent pas de la politique monétaire, laissant entendre un possible retour sur la scène publique française. Certains analystes évoquent déjà la perspective d’une implication dans le Forum économique mondial de Davos ou même d’un engagement politique plus direct.



