Le secteur des crypto-monnaies en Europe est en pleine mutation avec l’entrée en vigueur de la réglementation MiCA le 1er juillet. Cette nouvelle loi vise à créer un marché unifié et réglementé, mais elle pose également de nombreux défis aux gestionnaires de patrimoine et aux investisseurs.
Une enquête récente menée par CoinShares révèle que 61% des conseillers en gestion de patrimoine exercent dans des firmes qui restreignent explicitement les actifs numériques ou n’y apportent aucune orientation interne claire. Ce constat est particulièrement frappant au Royaume-Uni où 52% des conseillers déclarent que plus de la moitié de l’exposition crypto de leurs clients échappe à leur supervision.
Un problème structurel révélateur
Le terme management gap désigne la portion de l’exposition aux actifs numériques d’un client qui échappe à la supervision de son conseiller. En Europe, un conseiller sur quatre déclare un management gap supérieur à 50%. Ce chiffre atteint un sur deux au Royaume-Uni.
Les firmes qui adoptent une politique restrictive envers les crypto-monnaies voient leur taux de recommandation active chuter à 1%, contre 48% pour celles dotées d’un cadre interne clair. Le management gap est huit fois plus élevé dans les environnements restrictifs que dans les environnements structurés.
Jean-Marie Mognetti, co-fondateur et CEO de CoinShares souligne que ce problème n’est pas lié à un manque de connaissance ou de demande, mais à une politique d’entreprise inadaptée. L’Italie avec son modèle de distribution retail fondé sur un contact conseiller-client fréquent, affiche le management gap le plus faible de l’enquête, à 12%.
MiCA: un catalyseur de conformité
La réglementation MiCA met fin à la fragmentation réglementaire qui prévalait jusqu’ici en Europe. Les prestataires de services sur crypto-actifs (CASPs) opèrent désormais sous un régime d’autorisation unique et passeportable à travers l’Union.
Les signaux réglementaires convergent des deux côtés de la Manche. La Financial Conduct Authority (FCA) a proposé d’autoriser les fonds agréés à détenir jusqu’à 10% de leur exposition en ETPs crypto. En France l’AMF a ouvert une revue portant sur les actifs susceptibles d’intégrer les fonds UCITS.
Les conseillers interrogés identifient deux leviers structurels prioritaires pour débloquer la situation: la reconnaissance réglementaire des actifs numériques comme classe d’actifs mainstream et l’accès aux produits négociés en bourse (ETPs). Les outils pédagogiques destinés aux clients arrivent en dernière position, confirmant que le problème est institutionnel.
Les conséquences économiques pour les firmes immobiles
Les firmes qui ne s’adaptent pas à la nouvelle réglementation risquent de voir une partie importante du patrimoine de leurs clients migrer hors de leur conseil. Jean-Marie Mognetti souligne que chaque mois perdu dans le silence entraîne une perte de visibilité et, en fin de compte, une perte économique.
Les prochains mois seront décisifs: les firmes qui sauront intégrer les ETPs crypto et les contreparties MiCA-autorisées dans leur offre captureront l’exposition client qui circule aujourd’hui hors de tout conseil structuré. Celles qui maintiennent le statu quo verront cette désintermédiation s’accélérer, avec des implications durables sur leurs revenus et leur pertinence auprès d’une clientèle de plus en plus autonome sur les actifs numériques.
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