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26 octobre 2026

Proposition 40 : la taxe controversée qui cible les milliardaires californiens

Les Californiens s’apprêtent à statuer sur une taxe exceptionnelle qui viserait les plus riches de la Silicon Valley, avec des conséquences politiques et économiques majeures.

Proposition 40 : la taxe controversée qui cible les milliardaires californiens

Le 3 novembre, jour des élections de mi-mandat aux États-Unis, les électeurs du Golden State seront appelés à se prononcer sur la Proposition 40. Il s’agit d’une taxe exceptionnelle de 5 % appliquée une seule fois aux fortunes dépassant le milliard de dollars, à condition que les détenteurs résident en Californie au 1er janvier 2026. Cette initiative, soutenue par le syndicat de santé SEIU-UHW, se veut un moyen de compenser les coupes budgétaires fédérales et de financer le système de santé public de l’État. Bien qu’elle s’inspire de la fameuse taxe Zucman débattue en France, elle diffère sur le mode d’application, la fréquence et la cible précise.

Concrètement, la Proposition 40 prévoit que les quelque 200 milliardaires californiens devront reverser 5 % de leur patrimoine net, incluant actions, parts sociales, biens immobiliers et autres actifs financiers. Le paiement pourrait être étalé sur cinq ans, mais chaque trimestre d’échelonnement entraînerait un coût supplémentaire. Contrairement à la version française qui impose un prélèvement annuel de 2 % au-delà de 100 millions d’euros, la version californienne ne serait perçue qu’une seule fois, rendant le calcul de l’assiette et la mise en œuvre plus simples, mais augmentant l’impact immédiat sur les portefeuilles des technopreneurs.

Les géants de la Silicon Valley face à la mesure

Mark Zuckerberg, dont la fortune est estimée à plus de 247 milliards de dollars, a d’abord envisagé de quitter la Californie afin d’échapper à la taxe. Après de longues négociations avec le conseil d’administration de Meta, l’entreprise a créé une nouvelle catégorie d’actions « classe C », dépourvue de droit de vote, permettant à Zuckerberg de céder jusqu’à 20 % de ses titres sans perdre son contrôle majoritaire. Cette opération devrait couvrir la facture estimée à plus de 12 milliards de dollars. D’autres magnats, comme Larry Page et Sergey Brin, ont déjà déménagé en Floride avant la date butoir, tandis que Peter Thiel et Travis Kalanick ont choisi le Texas, espérant ainsi échapper à l’assiette californienne.

Le duel politique : propositions 41, 42 et la position du gouverneur

Le résultat de la votation ne déterminera pas automatiquement l’adoption de la taxe, car les propositions 41 et 42, soutenues financièrement par des fortunes dont Brin, visent à bloquer ou à restreindre l’entrée en vigueur de la taxe sur la fortune. Si l’une de ces contre-mesures recueille plus de voix que la Proposition 40, le texte sera annulé même en cas de majorité favorable. Le gouverneur démocrate Gavin Newsom, qui aspire à la présidence en 2028, s’est opposé publiquement à la taxe, estimant qu’elle inciterait les riches à émigrer et affaiblirait les recettes de l’État. En revanche, le sénateur Bernie Sanders a apporté son soutien à la mesure, la présentant comme un moyen de financer la santé publique. Le débat révèle ainsi une fracture au sein du parti démocrate et met en lumière la tension entre ambition fiscale et risque d’exode capitalistique.

La Proposition 40 représente un pari audacieux : lever environ 100 milliards de dollars en cinq ans pour combler les déficits de santé, tout en confrontant les plus gros acteurs de la technologie à un choix difficile entre capitaux et contrôle. Le scrutin du 3 novembre sera observé de près, tant par les acteurs californiens que par les observateurs internationaux, qui y verront une expérience potentiellement exportable ou un avertissement sur les limites d’une fiscalité ciblée sur la richesse extrême.