Depuis plusieurs semaines, la France vit une mobilisation massive contre la hausse du coût de la vie. Les organisations syndicales qui ont orchestré la journée de protestation du 5 novembre prévoient de pousser leurs revendications lors de la conférence sociale prévue le lundi 9 novembre à Matignon. Le SMIC, actuellement à 1 477,93 € net par mois, sera au cœur des négociations, entre demandes d’augmentation substantielle, révisions de la fiscalité et pressions du patronat.
Le mécanisme de revalorisation du salariat minimum est prévu chaque 1er janvier. Il combine l’évolution de l’inflation hors tabac pour les 20 % des ménages les plus pauvres et la moitié du gain moyen de pouvoir d’achat des salariés. En 2026, cette formule a conduit à une hausse de 1,18 % au 1er janvier, suivie d’une adaptation supplémentaire de 2,41 % le 1er juin, déclenchée par la flambée des prix de l’énergie. Ainsi, le SMIC brut a progressé de 16,80 € puis de 34,80 € par mois. Ces augmentations automatiques restent toutefois modestes face aux attentes des travailleurs.
Les exigences des syndicats
Quatre grandes confédérations ont affiché leurs revendications. La CFDT réclame un supplément de 100 € nets mensuels, la CGT vise une hausse de 10 %, soit environ 150 € nets, tandis que Force Ouvrière propose un salaire minimum équivalant à 80 % du salaire médian, autour de 2 000 € nets. La CFTC, quant à elle, demande une revalorisation anticipée, au-delà de l’inflation. Au-delà du montant, les syndicats souhaitent que les conventions collectives n’incluent plus aucune grille salariale inférieure au SMIC et que les entreprises qui les appliquent soient sanctionnées financièrement.
Position du gouvernement et réaction du patronat
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué lors d’une interview que le gouvernement vise à dépasser la barre symbolique des 1 500 € nets mensuels, ce qui correspondrait à une hausse d’environ 22 € par mois, soit 1,5 % du SMIC. Cette proposition reste bien en deçà des demandes syndicales. Parallèlement, le président du Medef a exigé un allègement des charges patronales pour absorber une éventuelle hausse salariale, soulignant qu’aucune mesure concrète n’avait encore été présentée. Le débat fiscal a également été relancé : le président du Parti radical de gauche, Guillaume Lacroix, estime que la réactivation de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) permettrait de financer un soutien de 4,5 milliards d’euros aux ménages les plus touchés par la hausse des prix de l’énergie.
Dans le même temps, le député LR Philippe Juvin a opposé à la hausse du SMIC tout en proposant de supprimer trois points de cotisations salariales, ce qui représenterait un allégement de près de 1 000 € par an pour le salaire médian. Cette mesure viserait l’ensemble des salariés, mais elle impliquerait une réduction des recettes de l’État et donc la recherche de compensations budgétaires.
Ce qui se décide le 9 novembre
La conférence sociale de lundi constitue le dernier temps fort avant la clôture du trimestre politique. Les trois parties – syndicats, gouvernement, patronat – ne disposent que de trois jours pour élaborer un compromis. Le résultat pourra soit offrir un coup de pouce au pouvoir d’achat des salariés les plus modestes, soit se cantonner à la simple indexation légale, en laissant les discussions fiscales pour une prochaine étape. La question centrale restera de savoir si les 2,2 millions de bénéficiaires du SMIC verront leurs fiches de paie dépassées, même légèrement, la barre des 1 500 € nets, ou si le statu quo perdurera.



