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22 octobre 2026

Norvège : révision des règles éthiques du plus grand fonds souverain

Le fonds souverain norvégien, le plus grand au monde, examine la possibilité d’investir dans les géants de la défense, même s’ils fournissent des pièces d’armes nucléaires.

Norvège : révision des règles éthiques du plus grand fonds souverain

Le fonds souverain norvégien avec une valeur d’environ 2 300 milliards de dollars, constitue le plus gros portefeuille public au monde. Jusqu’à présent, sa charte éthique l’interdisait d’acquérir des parts dans les entreprises qui participent à la chaîne de production nucléaire. Cette position a été remise en cause par une commission d’experts mandatée par le ministère des Finances, qui vient de publier des recommandations inattendues.

Le groupe d’experts, présidé par Svein Gjedrem ancien gouverneur de la Banque centrale de Norvège, propose de réviser les règles d’exclusion afin de permettre au fonds d’investir dans certaines sociétés de défense basées dans les pays alliés de l’OTAN et signataires du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). L’idée centrale est de préparer le portefeuille à une éventuelle escalade des conflits, tout en conservant l’interdiction de financer la production directe d’armes nucléaires.

Le rapport insiste d’abord sur le maintien de la barrière absolue concernant les armes nucléaires aucune entreprise ne pourra être soutenue si elle fabrique des têtes nucléaires propres. En revanche, les composantes ou systèmes utilisés à des fins conventionnelles – même s’ils sont parfois intégrés à des plates-formes nucléaires – pourraient être admis, à condition que le fabricant soit implanté dans un État détenteur d’armes nucléaires reconnu par le TNP et qu’il soit membre de l’OTAN. Cela ouvrirait la porte à des géants comme Lockheed Martin, Boeing, BAE Systems ou Airbus qui sont aujourd’hui exclus.

Le comité suggère également de relâcher les critères d’usage international. Au lieu de juger les équipements uniquement à l’aune de leur potentiel d’emploi à l’étranger, l’évaluation prendrait en compte la contribution à la défense nationale norvégienne notamment les besoins en systèmes anti-missile et en surveillance aérienne. Cette nuance reflète la perception d’une « instabilité mondiale accrue » évoquée par les auteurs du rapport.

Les réactions politiques et sociétales

Les propositions ont immédiatement suscité des débats au sein du parlement. Les formations de gauche, menées par la chef du Parti socialiste Kirsti Bergstø dénoncent une « erreur totale » qui enverrait un signal contraire aux exigences de désarmement. Le Parti vert, représenté par Oda Indgaard le qualifie de « recette pour une gestion scandaleuse de l’épargne nationale ». De leur côté, la Croix-Rouge norvégienne estime que ces changements légitiment l’investissement dans des armes de destruction massive, créant un précédent dangereux au niveau international.

Le ministre des Finances, Jens Stoltenberg ancien secrétaire général de l’OTAN, défend la révision comme une nécessité stratégique. Il rappelle que la Norvège dépend du « parapluie nucléaire » allié pour assurer sa sécurité, alors que son propre fonds, qui finance un quart des dépenses publiques, ne peut plus soutenir les acteurs de ce même parapluie. Il souligne également la forte concentration du portefeuille autour de quelques géants technologiques américains, ce qui rend les décisions d’investissement plus sensibles.

Implications financières et géopolitiques

Si le gouvernement adopte les recommandations, le fonds souverain pourrait allouer plusieurs dizaines de milliards de dollars aux entreprises de défense mentionnées. Cette réallocation modifierait la composition sectorielle du portefeuille, réduisant la part de l’exclusion actuelle qui représente environ 1,5 % des sociétés cotées à l’échelle mondiale. En même temps, la commission propose de modifier le fonctionnement du Conseil d’éthique indépendant ses rapports ne seraient plus publiés automatiquement, ce qui limiterait la transparence prèsée par les observateurs.

Le rapport devra encore être débattu au parlement au printemps 2027, après une phase de consultation publique. L’enjeu dépasse le simple aspect financier: il s’agit de définir la posture de la Norvège dans un contexte où les frontières entre technologies civiles et militaires s’estompent, et où la dépendance aux alliés nucléaires devient un critère de politique d’investissement. La décision finale pourrait influencer la façon dont d’autres fonds souverains traitent leurs propres critères d’exclusion.